jeudi 10 juillet 2014

Yves Gourgaud : MISTRAL EROTIQUE







MISTRAL EROTIQUE


Nous nous proposons de donner à lire non des poèmes entiers, mais de courts extraits où se révèle le mieux, selon nous, l’érotique mistralienne. 
Ces extraits sont accompagnés d’une traduction qui est de notre autorité (dans le cas contraire, la traduction sera accompagnée de la signature FM pour Frédéric Mistral). 
Nous espérons que cette petite anthologie donnera envie à quelque lecteur d’entreprendre une étude sérieuse et approfondie sur le thème de l’érotique mistralienne.


Yves Gourgaud


N.B. Les extraits seront donnés selon leur longueur, les plus courts apparaissant en premier.


1
Aquéu que de la rèino a parteja lou lié,
Aquéu que dins si bras l’a tengudo e l’a torso,
Moustrara que lou rèi es aquéu qu’a la forço,
Que lou rèi es aquéu que porto lou cuissau.

Celui qui de la Reine a partagé le lit,
Celui qui dans ses bras l’a tenue, l’a tordue,
Montrera qu’il est Roi celui qui a la force,
Que le Roi est celui qui porte le cuissard ! [La Rèino Jano]

2
Lou galoubet, tambourin e clincleto
Fan sauteja li chato e li garçoun,
E li boutèu mouflet di chatouneto
Soun destapa pèr la curiouso aureto
Que, pèr li vèire, ausso li coutihoun.

Galoubet, tambourin et cliquette 
font sautiller filles et garçons, 
et les mollets bien en chair des jeunes filles 
sont mis à nu par la brise 
qui, curieuse de les voir, soulève les cotillons. 
[Poésies Inédites, page 56]

3
Teisas-vous ! Digas uno perdudo,
Au demòni d’infèr vendudo e revendudo,
Qu’a’strangla soun espous, lou paure rèi Andriéu,
Em’un las qu’elo-memo avié trena… Voudriéu
Qu’à travès Avignoun, nuso, la péu-tirèsson
E quatre chivalas, vivo, l’escarteirèsson.
Taisez-vous ! dites plutôt : une femme perdue, au démon de l’enfer vendue et revendue, qui a étranglé son époux, le malheureux roi André, avec un lacet qu’elle-même avait tressé… je voudrais qu’on la traîne par les cheveux, nue, à travers Avignon, puis que quatre chevaux l’écartèlent vivante ! [La Rèino Jano]

4
E tu, Malen, vène t’asseta’qui,
Coume la roso as li dos gauto tencho,
E ta coumpagno engardo de langui.
Vène, à plen got, me vujaras la tencho
E dins toun jougne, oh ! se siés trop restrencho,
T’ajudarai destaca ti vetoun.
Et toi, Malen, viens par ici t’asseoir, toi qui as les deux joues de la couleur des roses, car en ta compagnie l’ennui s’éloigne : viens à plein verre me verser le vin ; et si dans ton corset tu te sens trop serrée, oh ! je t’aiderai à en détacher les rubans !  [Poésies Inédites, page 32]

Un pau plus liuen, Martoun cacho uno niero
Qu’a davera de soun sen blanquinèu.
De-pèr darrié, Tasto-Pousso chauriho
La rego blanco e li dous flot de nèu ;
Mai coumo vai tavaneja la fiho,
Martoun se viro e i’envisco un bacèu.
Un peu plus loin, la jeune Marthe écrase une puce qu’elle a trouvée sur son sein blanc. Derrière elle, Tâte-Nichons reluque la raie blanche et les deux gonflements de neige ; mais comme il s’apprête à lutiner la fille, Marthe se retourne et lui applique un soufflet.  [Poésies Inédites, page 48]

6
Chato de moun païs, Venus d’Arle e dóu Rose,
Permete qu’uno man de preiresso descrose
Lou jougne de toun sen : es digno mai que mai
Elo, d’ourna l’autar de la Bello de Mai
E de faire au moumen que ta centuro toumbo,
Envoula dins l’azur un parèu de couloumbo !
Jeune fille de mon pays, ô Vénus d’Arles et du Rhône, permets que la main d’une prêtresse dénoue les voiles sur tes seins : plus que tout autre elle est digne d’orner l’autel de la Belle de Mai et, à l’instant où tombe ta ceinture, faire s’envoler dans l’azur une paire de colombes !  [Poésies Inédites, page 338]

7
I son moulan de la zambougno,
Sus lou pountin dóu Tiatre, emé lou pitre nus,
Un vòu de chatouno viroulavon,
E su’n refrin qu’ensèn quilavon,
En danso ardènto se giblavon,
Autour d’un flo de marbre en quau disien Venus.
Aux sons d’une lyre sensuelle, sur la scène du Théâtre et la poitrine nue, un essaim de filles tournoyaient ; et sur un refrain qu’ensemble elles criaient à pleine voix, elles tordaient leurs corps dans l’ardeur d’une danse autour d’un bloc de marbre qu’elles appelaient Vénus. [Mirèio]




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