dimanche 7 juin 2009

LOUIS-DIOGÈNE GUIRALDENC il y a 140 ans, poète montpelliérain

.
A. Roque Ferrier grand connaisseur & mainteneur des choses du terroir clapasien introduit ce poète, mort très jeune. Il nous l'offre comme une gloire de la poésie languedocienne du XIXème à travers lui nous allons débuter un cycle spécial sur 19 ème montpelliérain tout au long de ce mois. Mais laissons la parole à A Roque-Ferrier pour les présentations, puis suivra une des 12 oeuvres de Guiraldenc, en "lenga nostra" : je cite "

LOUIS-DIOGÈNE GUIRALDENC : SA VIE ET SES POÉSIES LANGUEDOCIENNES ET FRANÇAISES

Celui dont on lira plus loin les poésies languedociennes est mort à Montpellier, le 23 octobre 1869, sans que personne, sauf peut-être deux ou trois amis, se soit douté de la perte que la philologie et la littérature des idiomes méridionaux faisaient en lui. Rien de plus triste, de plus navrant moine, que l'existence du pauvre poète: « Diogène Guiraldenc, veut bien me dire M. Barthélémy Martin, dans une note biographique dont je reproduis les lignes émues, naquit à Montpellier le 1er novembre 1840, dans une maison de la rue Argenterie, du mariage de Jean-François Guiraldenc, ancien sous-officier du-génie; plus tard petit marchand épicier, et de Marie-Marguerite-Josephine Couilougnion. La mort de son père le laissa presque sans ressources à l'age de onze ans. La mère du poète était une chétive créature, incapable de continuer les affaires de son mari et même de gagner sa vie de toute autre manière, elle se résignant à la misère.
La jeunesse de notre poète avait cependant résisté aux commencements de la maladie dont était atteint. Il se rétablit même assez bien, et se contenta de ses leçons jusqu'en 1863. A cette époque, voulant sortir d'une situation en somme fort précaire, il eut l'idée d'entrer dans l'administration des douanes, concourut heureusement et, après deux ans de surnuméradat (Ier février 1863-1°'' février 1865), fut nommé commis aux Peschiers (direction de Toulon). Le jour de cette nomination impatiemment attendue fut un jour de bonheur pour le fils et la mère, mais il devait rester sans lendemain . . Par une étrange fatalité, on persuada à Mme veuve Guiraldenc que le climat dés Peschiers serait contraire à la santé de son enfant et qu'il y succomberait infailliblement. Rien ne put vaincre ses aveugles terreurs. Guiraldenc, comprenant que la vie de sa mère dépendait de la résolution qu'il prendrait, donna sa démission.
C'étaient deux années perdues et une nouvelle carrière à trouver. Guiraldenc, âgé de vingt-cinq ans, ne savait quelle voie prendre. Pendant deux autres années, il végète, poussé vers des côtés divers par les personnes qui s'intéressent à lui. C'est ainsi qu'il traverse les bureaux du trésorier-payeur de l'Hérault, puis ceux delà maison de banque Tissié-Sirrus , où il devait rencontrer en M. Couiet le dernier contemporain de l'école de Tandon et des frères Rigaud. Il devint ensuite préparateur de M. Béchamp, alors professeur de chimie à la Faculté des sciences, et enfin secrétaire de M. Belin, professeur de rhétorique au lycée de Montpellier. Grâce à l'affectueuse bonté de M. Belin, Guiraldenc, qui se trouvait d'ailleurs dans le milieu qui lui convenait, reprit un peu confiance; mais ses espérances devaient être bientôt brisées. M. Belin mourait au mois de juin 1868, et le malheureux jeune homme resta de nouveau sans position et sans appui.
Un des meilleurs amis de ce maître regretté, M. Cambouliù, alors dans tout l'éclat de son enseignement à la Faculté des lettres de Montpellier, eut pitié de l'infortuné Guiraldenc et voulut se l'attacher en qualité de secrétaire. Le brillant professeur venait de fonder la Société pour l'étude des langues romanes, et il en espérait les meilleurs fruits. Guiraldenc se promettait également d'y trouver des éléments d'étude et de succès, lorsque la mort en décida d'une autre façon, aussi bien pour le maître que pour l'élève. Cambouliù tomba malade, et son état eut bientôt un tel caractère de gravité que Guiraldenc ne s'illusionna pas longtemps sur le nouveau coup qui allait le frapper. La mesure de ses déboires était désormais comblée : le mal qui le minait fit de rapides progrès, et il s'éteignit le 23 octobre 1869, à l'âge de vingt-neuf ans ). M. Cambouliù ne lui survécut que trois jours. La pauvre mère de Guiraldenc traîna, pendant près de deux ans, la plus douloureuse des existences, et ce fut dans un état de profonde misère qu'elle succomba à son tour, le 14 juillet 1871. »
L'existence de Guiraldenc fut donc faite tout entière de dévouement. filial, de sacrifice obscur et d'honnêteté. Ses poésies ne démentent rien des indications que M. Martin a bien voulu nous donner. Le cahier cartonné qui nous les a conservées est un in-8° de quatre-vingt-quatorze feuillets, à l'écriture fine, allongée, presque féminine, assez souvent semée de distractions de copie et d'involontaires fautes orthographiques. Point de titre. L'auteur, qui en cherchait un sans doute, a laissé pour lui sa première page à demi-blanche. Les poésies françaises sont au nombre de quarante-trois, et celles en montpelliérain de douze. Deux poésies latines et une pièce allemande attestent, en outre, l'étendue des connaissances linguistiques de Guiraldenc. L'inhumation eut lieu te 24 octobre 1869, au cimetière St-Lazare, n°1325,section R. S., n° 83.
" (Fin de citation).


A LA MOUNT-PELIEIRENCA


Soun friaudetas, soun propretas,
Las filhetas de Mount-peliè.


Filha de Mount-peliè,
A tus moun aumenage,
Mais me farà soufrage
S'à tus n'es pas pariè,
Se ma voues pot pas dire
couma t'aime, couma t'amire,
Couma de tus soui enclausit,
Entre que t'ai vist o ausit.

Las plumas das pavous,
Plenas de pampalhetas;
Tout l'or qu'à sas aletas
Portoun Ious parpalhous ;
La rosa tant aimada
Per sa fiolha embaumada,
Embé sa frescou dau matì,
De te veire podoun pati.

De que soun las bèutats
De las autras countradas ?
Jasiola, Arlesa, fadas,
Van be à tous coustats ;
Mais sies pus poulideta,.
Mais sies pus friandeta

Embé ton cors au molle fach,
Toun bèu cors pus blanc que lou lach.

Antau espeliguet
Dau dieu d'Amour la maire,
Quand la mar, per la traire
Au sòu, l'escoupiguet.
Amai, dins sa prestença,
leu n'ai pas la cresença
Que la dieussa agandissiè
A toun ped, ni mai quau que siè.

Atabé s'au Peirou,
Ou dessus l'Esplanada,
Te passeges parada,
Ta vista t'ai furou.
Lou.castel, las aleias,
Dau cop d'iol las mervelhas,
Aubres, pradets, me tocoun pau ;
Es tus toujour, tus que ie cau.

E quand, au bord dau Les
Mirgalhat de flouretas,
T'en vas, emb d'amiguetas,
Baroullà quauquas fes,
Dau rieu tu sies la fada
Lesta, escarrabilhada,
Que ven, per passa un moument,
Jougà dins l'aiga e dins lou vent.

Creada per l'amour,
Per l'amour acoutida,
Tant urousa es ta vida,
Que l'envege à moun tour.
Oi, ta bella persouna
Emporta la couronna
D'inmourtela amai de lauriè,
Car fas l'ounou de Mount-pelié.


samedi 6 juin 2009

Un jardin "Prouvençau" extraordinaire

Le quotidien, la banalité est l'âme de notre vie.
Ce fil conducteur de la succession des jours peut être extraordinaire. Notre ami Dimitri Melissas nous le disait, voire nous recommandait dans un des premiers textes de Marsyas2, d'être extraordinaire...
J'ai trouvé, en cherchant, quelque choses d'extraordinaire : un jardin provençal. Michelle Craponne cultive dans les deux sens du terme la tradition de l' "hort"... Pour bien faire elle désigne tous cela en français et en "lengo nostro".
Pour vous rendre mieux compte de l'unvers qu'elle a crée , il faut cliquer pour agrandir chaque photo et voir apparaitre le nom de chaque plante en français & en provençal... Le provençal par son esprit savoureux & métaphorique donne à certaines plantes que même l'esprit le plus créatif aurait eu du mal à le concevoir. F Mistral disait: Li aubre li mai founs soun li que mounton aut…, ce jardin nous envoie très loin dans nos traditions, mais aussi dans notre futur de résidant de la terre


Quelques vues d'ensemble puis les détails ( double cliquez sur chaque photo pour les agrandir ) :

Rocambolo & Baussemino
Férigoulo badasso & badassoun serpoulMenugueto o Erbo di cat
Verbouisset & Poudagro
Tanarido & Aussent
Menugueto (détail)
Grano de Boudin
CebouletoFenoui
Ancoues
Farinello


.

Pierre Bonnet (cafetier à Beaucaire) Petit abrégé sur la Civilisation - 1843 - Poème Patois.

Pierre Bonnet naquit à Beaucaire le 21 août 1786, où il mourut le 8 mars 1858. Il était cafetier. Il es l'auteur de nombreuses poésies, comédies, galéjades & "essais"... Un auteur populaire...
La première partie de cet essai sur la civilisation.


PREMIÈRE PARTIE.


La cevélisatioun , vrai baoume de la terre ,
Es véngude plan plan dessus noste hémisphère.
Fazén coume un douctour, que, per son beou savoir ,
Garis un mouriboun que y'avié pus d'espoir ,
En y'adeiméstiran Ieis doze émé mesure ,
Faï , dédin soun bel art, trioumpha la nature.
Ansin lou baoume faï, tout en se grandissén ,
Et dessus lou michan et dessus l'inoucén ,
Empache per seis leis que la force brutale
Oue faible malheroux fague gés d'escandale ,
Proutége l'artisan , lou grand, lou pastrioun ;
Chasque jour faï briya la pé paoure natioun ,
Dois hommes ourageoux vén y'aplani seis erce ;
Sus leis doux éléméns boufe en poupe oue coumerce ,
Doue sexe dalica y'cs sa garde d'hounour , \
Y'é mure lou pourtaou doue traïte déshounour.
Més nialhcrousamén a, coume lou bel olì,
Sa crasse..... per dé gens que dessus tout sount goli,
Car vézén , chasque jour , dins aquéste univer ,
Qué la méndre médaye a toujour soun rever.

Partén et couméncén per la bonne partide.

Quand Adam , Iou groumand , agué fa sa sourtide
D'aqueou beou paradis que lou Père éternel
L'avié fa lou gardién per un téms imortel ,
Seis paoureis déscéndéns , per se tira d'affaïre ,
Dédin touteis leis arts fuguéroun énvéntaïre ;
Nécessita la dame , énié moussu Bésoun
Faguéroun espéli soun poulit énfantoun ,
Que batégéroun leou damiselle Endustrie ,
Aqueou galant mouroun , méstresse doue Génie ;
En se tant calignant, d'aqueou mignot amour
Dé chefs-d'œuvre sans fin naïssien touteis leis jours.

Bén dé terrén désert, fugué per la culture
Tré bén fertilisa din l'art d'agriculture.
Déis reviéres leis cours fuguéroun enréga ,
Per dé digous lou bén fugué pus tan néga.
Leis villes coume un i dé per tout se drisséroun ,
Et force gros ressaous alors s'aplaniguéroun,

L'Egypte coumencé per se désémbouya ;
Os, mabre , bos, métaou , leis sache travaya.

La Grèce l'éstudié : sa bêle architecture
Ouevrigué lou camin dé la riche sculture :
Artistes sans égaous , magie dé cizeou ,
Que leis savans futurs faran rén dé tant beou.

Leis gréques deis Romains fuguéroun leis moudélc ,
Quoique per lou féni y'agué pas même zélé ;
Leis Phédias romains fuguéroun pas coumun ;
Mes per leis constructiouns s'en trouvé maï que d'un
Per faire temples , ponts , arcs de triomphe , arènes ,
Que téndran candeya dé mille ans à dougénes.

D'aquéleis grands guerriés la cévélisatioun
Yé deou l'A B C D de soun éducatioun.
Entré qu'un pople altiér , rampli de mœurs barbare,
Eis lois dé l'Age d'or yé fasié lou tartare ,
S'armavoun : sa valour bravade tout dangé ;
Oue proumié tal de man n'en fazién seis sougé.
Més malherousamén, din touteis seis éscoles
Recouneissién per dieou dé régiméns d'idoles.
Lou méndre tro de bos érou divinita :
Eis sacrificateurs véndién sa liberta.
Lou divin Créalour dé la machine rounde
Vezié d'un air mourén aquéleis cause immounde ;
Voulén douevri leis yeux d'avugles clair-vouyans ,
Et dé force païens n'en faïre dé crestians ,
Dé son Fils incarna din lou sein dé Marie ,
Yé fagué vei lou jour sus lou noum dé Messie ;
Dédins un galetas , tout proche Béthélém ,
Entre dous animaoux escouefa per l'alén.
A peine éstre nascu , leis astres l'adouréroun ,
Et très Reis d'Orian davan s'agénuyéroun.
Fugué persécuta que n'érou qu'un énfan ;
Soufrigué mai d'un cop de sé , de fré , de fan.
Mes, coume grandessié, sa lei fortéfiave ;
Force esclaves païens chasque jour désliave,
De suite après sa mort, seis disciples pioux ,
Que dé la réligioun n'éroun tan amouroux ,
Préchéroun savamment din touteis leis empire ,
Car rén leis rébuté , pas même lou martire.
Emé la belle fé la cévélisatioun
Briyé coume un souleou quand darde seis rayouu.

L'Europe paou à paou quité l'idoulàtrie ,
Deis nouveoux religeoux fugué maïre-patrie ;
Leis mœurs per seis liçouns fuguéroun pus dé féou ,
Vénguéroun , per lou bén , pé douces que lou meou ;
Un nouvel âge d'or régné noumbre d'annade , '
Et la belle vertu fugué ressucitade.
Lou crime s'énvoulé din leis rocas désert ,
L'inoucénce émé joie respiré lou bon air ;
Couneguéroun pa pus leis maridei paraoules ;
Per barra leis oustaous y'avié que dé cadaoules.
Poudién, carga d'escus , d'oue soir jusqu'oue matin,
Vouyagea tout soûle, per draye et per camin ,
Même din leis détours d'une route mande ,
Avién pas paou deis mots : la bourse o bén la vide:

Lou vol ère ésvali, leis armes , lou pouisolin ,
Fazién rés éncoufra dins la méndre prisoun.
L'amour ère inoucén , leis garçouns et leis fies
Dedin lou déshounour fazién gés d'avanies ;
Se juravoun sa fé ; ère un sérmén sacra,
Jusqu'oué darnié badaï lou tégnén réssara.

Quand quaouque négoucian manquave dé pécettes ,
Avié , sans intérès, d'argént per seis recettes ;
Qué fuguesse mésquin , qué fuguesse moussu ,
N'avié jamiri besQUD dé faïre de reçu..

Leis achats se fàzién din touleis leis coumerce ,
Emé leis yeux bendas , sans camins de traverse;
Dessus gés dé marchands éroun pas ésmougus ,
En demandant d'argént éroun leis bén véngus.

Leis armayés d'alors et tout§eis leis dévise
Dédin chasque péïs éroun paix et franchise :
Nissénce fazié ren, d'ouneste homme lou noum
Vous anoublessié mies qu'un titre de baroun.

Un ami, quand désié, counta, sus ma proumesse,
Ere maï que ségur, car y'avié dé sagesse.

Jamai lou pé jouyoux , ni lou: pé dégourdin ,
Cercavoun d'insulta la fume d'un vésin.
Tout ére fémé respect ; d'une belle manière ,
Resién din lois oustaous coume din la carrière;

Leis médecins dealers garessién cranamén ;
Touteis leis magistrats tégnén à seis sérmén.

Y'avié de malheroux et de mandians , pécaïre ,
Din touteis leis péïs , que leis hommes d'affaïre ;
Car rés din leis passiouns yé fazién gés d'èxcès ,
Per aquéle résoun y'avié gés dé proucès.

Un n'avié que dé pan , l'aoutre avié dé fricasse :
Doue matin jusqu'oue soir fazié bonne vidasse ;
Lou qu'ére sans frico n'ére jamaï jaloux ,
Seis repas de pan sec , désié qu'avién bon goux.


Dous d'oue même méstié fazén lou même ouvrage ,
Héroux et malheroux, éroun sans tripoutage ; ,
La laide jalousié leis rébifave pas ,
Et dé gés de façoun cérquavoun sé troumpa.

Se din dé souciéta régnave dé tristesse ,
Quand vézién pas briya la galoïse alegrésse ,
Ere que quaouque ami végne dé racounta ,
Qu'un taou, din soun travaï, soun gain avié rata.
Chascun lou plagnessié din lou foun dé soun ame ,
Et d'éstre piétadoux avién mai que la game ;
Dédin lou dré camin yé marchavoun ségur ,
Même d'un énemi plagnessién lou malhur.

Rés changeave dé noum , la figure ésmougude,
Car n'avién pas bésoun d'éstre din l'éscoundude ;
Per avedré manqua din seis éngageméns ,
Eroun toujour guidas per dé bons séntiméns.

Leis amis, réunis dédin une ribote ,
Fuguéssoun oue café, vo bén din la gargote ,
Cantavoun , pléns dé joie , la mère Goudichoun ,
Et jamaï per lou jéo vidavoun seis pouchoun.

Tant que d'or et d'argént n'yagué pas d'aboundance ,
La vertu dé tout biaï fugué din l'opulance ;
Une fés que l'argént fugué force aboundant,
Révéyé l'êmbétioun, énvénté l'éntrigant.
Alors véngué leis fléous et leis caouses maride
Que lou lectour vira dédin l'aoutre partide.


(A suivre 2ème partie)

vendredi 5 juin 2009

Joseph Nalis : INSTRUCTION AU LIBERTIN ( langue Arlésienne ) 1770

Bien curieux que ce Joseph Nalis qui écrivit aux alentours des années 1770 de petits opuscules. Ces derniers, à fin d'instruction dédiée en particulier à différentes cibles de la société d'alors, se voulaient très moralistes.
Il semblerait que J Nalis fusse fervent... Comme beaucoup en ce temps là.

Tous les mois je livrerai une instruction jusqu'à épuisement. On commence par le Libertin, ces instructions étaient dites voire chantées car elles sont accompagnées d'un air, mode de l'époque. Désannat était coutumier du fait...


INSTRUCTION AU LIBERTIN

Sur l'air : Monde envain.


Libertin , -
Roun tei cadenou
Cren lei penou,
Que n'an jamai fin,
Moutifiou,
Tei passioun ,
Purifiou,
Teis intentioun ,
Ça courage,
Fai te sage,
A tout âge,
L'on risque à mouri,
Tout deou péri,
Fai leou , quitou »
Ce qu'irritou,
Jesus-Christ.

Crei me yeou ,
Changeou de vidou,
Pren per guidou,
La lei de toun Dieou,
A toutou hourou,
L'as ooufensa ,
Gémis, plourou,
Vai te counfessa,
Tardes gaire ,
Moun cher fraire ,

Te foou faire ,
Ce vos un bon sor,
Après ta mor,
Penitençou,
Vioulençou ,
De bon cor.

Paoure enfan,
Toun amou es mourtou,
Mai n'importou,
Podes estre un Sant,
Dieou perdounou ,
Tout emaqueou,
Que se dounou,
Tout de bon à neou ,
Yè fai graçou,
Lou delassou,
Et l'embrassou ,
Amourousamen ,
Et tendramen ,
Lou counsolou ,
Et l'enrolou ,
Proumtamen.

.

Sous le chapeau Jaune par Armand Lunel - juin 1928 "le Feu"


En me documentant, je suis tombé par hasard sur cet article d'Armand Lunel du numéro spécial dédié à Avignon de la revue "le Feu" éditée en 1928.
Après en avoir parlé avec Mme Astruc, sa fille, je me suis décidé à le remettre à jour. Il fait suite & complète l'excellente journée que nous avons pu vivre lors des dernières rencontres judéo-comtadines de Pernes les Fontaines. Je laisse la parôle à Armand Lunel.


Sous le chapeau Jaune
par Armand Lunel

Avignon et ses juifs !... Quel provençal, à ces mots, n'entend point sonner la fameuse strophe de Nerto ?
Lou pecihoun ! lou capèu jaune !
A la jutarié ! que s'encaune ! —
Cinquante enfant ié soun darrié;
E d'un poucèu, pèr trufarié,

Simulant éli l'auriheto

Em'un gueiroun de sa braieto,

lé crido lou vòu d'esparpai :

Vaqui l'auriho de toun pai !


Dans un tableau de l'Avignon pontifical et du vieux Comtat, le juif met d'abord sa note pittoresque. Mistral, dans son Salut à l'Escolo dôu Ventour, a cité aussi le « cabussadou » de la synagogue parmi les merveilles de Carpentras. Le maître de Maillane n'a jamais rien oublié des choses du terroir : il s'est aperçu le premier que le folklore provençal devait un peu de ses richesses à un obscur tribut judaïque ; il a voulu que le Museon Arlaten réservât une vitrine aux souvenirs, malheureusement trop rares, des mœurs judéo-comtadines, et nous aurions encore à recueillir dans le Trésor du Félibrige tous les termes dont il a noté patiemment la consonance ou la couleur juive. Beaucoup d'entre eux, insultes, sobriquets, jurons à l'adresse des juifs, restent encore des énigmes. Quelle peut-être l'exacte origine d'astre, de bardaian, de macassé ? Macassé vient peut-être de kacher qui marque en hébreu la pureté rituelle des aliments. Dans le fameux catamarret, Mistral a cru voir une contraction de cathare mauvais, lointain rappel de l'alliance présumée des juifs et des albigeois. D'autres noms, d'autres mots sont vraiment des images et brillent soudain d'une poésie singulière. Jaffaret, criaillerie, doit venir de l'hébreu schofar, la trompette gutturale faite d'une corne de bélier qui sonne dans la synagogue pour appeler les fidèles au repentir. Tout bavardage tapageur est aussi qualifié en provençal de synagogue ou de juiverie; faire la jogo, c'est faire du bruit; c'est que les provençaux s'étonnaient d'entendre les juifs prier à haute voix, et ils aiment bien d'ailleurs, comme le remarque Mistral, exprimer le vacarme par une allusion aux cultes étrangers (ramadan, patarinage, de patarin, le vaudois qui ne récite que des pater). Dans la botanique populaire, il y a encore le laiteron. le lait des juifs, nous ne savons trop pourquoi, et l'herbe aux juifs, la gaude, à cause de ses propriétés tinctoriales. Ainsi le jaune est la couleur des juifs, et c'est à cause de la tache jaune qu'il porte sur la tête que le roitelet à Orange est appelé lou jusiàu.... Mais laissons ces détails pour l'essentiel : comme en fait foi sa préface à sa traduction de la Genèse, ce qui intéressait surtout Mistral, c'était la parenté, l'analogie émouvante entre les premiers temps bibliques et la vieille Provence pastorale. Ne pouvait-on pas, des deux côtés, s'enorgueillir de la même noblesse, de la même simplicité rustique ? Les familles Israélites des quatre Communautés du Comtat ont offert, comme en une illustration vivante, avec une poésie qui gardait le parfum intact de la Création, des vertus s'inspirant de la plus pure source religieuse, et le père provençal, roi de son mas, retrouvait son aîné dans le patriarche hébraïque.
On peut donc croire que, sur le visage déjà si particulier de nos provinces méridionales, Israël imprima un de ces traits spirituels que le temps peut ensuite recouvrir, mais qui, dès qu'on en fait revivre la trace, nous mènent assez loin dans l'âme du pays pour nous révéler un de ses plis les plus profonds, une de ses nuances les plus secrètes. Travail d'exploration et encore mieux de résurrection devant lequel les documents, les papiers d'archives resteront souvent trop secs et trop froids. Pour nous remettre miraculeusement sous les yeux le tableau de vie des juifs à Avignon sous l'ancien régime, combien je préfère, dans sa couleur encore fraîche et sa vivacité, cette page que Millin écrivit en 1807 ! :

«Avant la Révolution, les juifs habitaient un quartier séparé, appelé la juiverie, dans des rues infectes et dégoûtantes; il était clos par des portes particulières, qu'on fermait à huit heures du soir. Les hommes et les femmes, pour obtenir sûreté, étaient obligés de se distinguer par un chapeau ou des rubans dont la couleur changeait à l'installation de chaque nouveau nonce : du reste, les descendants immédiats du peuple de Dieu, que l'on brûlait vifs en Espagne et en Portugal, étaient protégés sous les yeux du chef de l'Eglise ou de ses légats; mais cette protection ne s'obtenait qu'au prix de leur or, qu'on désirait plus que leur conversion, quoiqu'ils fussent obligés d'entendre chaque année les prédications inutiles que quelques capucins leur faisaient en mauvais hébreu. Aujourd'hui les juifs ne forment plus une caste particulière; et leurs femmes ne se distinguent des Avignonaises que par leur étonnante beauté.»

Et cette page, où le mot de la fin laisse évidemment rêver, trente ans plus tard le touriste Stendhal se la rappelait sans aucun doute, tandis qu'il admirait « les yeux vraiment orientaux » d'une dame israélite qui faisait ses emplettes dans les boutiques de la place de l'Horloge. Des judéo-comtadines aux longs cils, à la carnation brûlante, leurs jolis enfants joufflus et si rosés qu'ils semblent fardés, éveillent naturellement des réminiscences orientales. Ces familles d'ailleurs portent presque toutes des noms de localités du pays. C'est qu'elles y sont installées depuis très longtemps. Elles le savent, elles en sont fières, elles croient volontiers, sur la foi d'une légende qui a cours aussi chez les Séphardim d'Espagne, qu'après la chute de Jérusalem, les familles les plus considérables de la Maison de David et de la Tribu de Juda ont été exilées dans ces régions par Titus et Vespasien. Ici donc, dès le Moyen-Age, négociants, banquiers, médecins, philosophes, les juifs ont été, pour toutes les richesses sans omettre celles de l'esprit, les grands, les seuls médiateurs entre l'Occident et l'Orient. Plus tard, à Avignon, à Carpentras, à Cavaillon, à l'Isle, la carrière, la rue réservée aux juifs, gardera un peu, avec son grouillement bariolé de bazar et de friperie, l'aspect d'un souk oriental.
Mais on pense alors à une objection : le régime du ghetto légal, inauguré vers la fin du XVe siècle, n'a-t-il pas été un obstacle presque insurmontable aux échanges entre chrétiens et juifs ?... car voilà maintenant les quatre carrières du Comtat fermées à chaque bout par deux portes de maçonnerie; on a grillé soigneusement toutes les fenêtres des chrétiens donnant sur la juiverie, toutes les fenêtres juives donnant sur la chrétienté ; la nuit, des portiers juifs d'un côté, des sergents pontificaux de l'autre, interdiront l'entrée aux catholiques et la sortie aux juifs ; mais la quarantaine n'est que nocturne ; le passage sera libre pendant le jour; et sans doute les pouvoirs publics multipliaient-ils les précautions pour empêcher dans une même ville les deux sociétés de se mêler. Mais la fréquence même de ces édits prouve trop bien que les infiltrations étaient déjà très nombreuses et ne faisaient chaque jour aussi que se multiplier davantage.

Les mœurs provençales avaient déteint sur les mœurs juives. Sous les plafonds bas et dans les chambres sans lumière de la juiverie, on ne peut qu'imaginer, à l'occasion des grandes fêtes familiales, des scènes pareilles à celles que le Musée Arlaten a conservées en tableaux de cire : j'évoque ici l'offrande traditionnelle au nouveau-né, pour le jour des relevailles, du pain, du sel, des œufs et de l'allumette ; et les noces juives étaient également des fêtes rustiques, accompagnées de toutes les farces que la jeunesse, aux ordres de son Prince d'Amour, jouait aux nouveaux époux.
Le provençal était devenu très tôt la langue usuelle des juifs du Midi. Il leur était d'ailleurs interdit de tenir leurs livres de commerce en hébreu; et les Escamots, les statuts de la communauté, étaient rédigés en langue vulgaire. Dans la synagogue basse de Carpentras, le « rabin des femmes » officiait en provençal, et il serait bien curieux aussi de relever quelques-une des métamorphoses subies par les noms juifs pour s'habiller à la mode provençale. Ben-Jouda, enfant de Juda, se traduit par Bengude, bienvenue; et Hadas.su, en hébreu le myrte, le premier nom d'Esther, ce sera Nerto, le myrte en provençal. Les diminutifs aussi sont charmants : Astruguet, Mosechon, Aquet qui vient d'Isaac, Lele. qui vient d'Israël, el loto, de Lia: et les sobriquets ne manquent point : Pampelune, dit d'Inde, Josué, dit Cabri, etc....

Il existe enfin toute une littérature judéo-provençale tout à tour macaronique et religieuse. Ses monuments les plus curieux sont Lis obros ou Pioutim, pièces farcies où un vers provençal alterne avec un vers hébreu et qu'on chantait à l'occasion des grandes solennités religieuses. Mais il faut rappeler aussi La Tragédie de la Reine Esther dont la représentation avait lieu tous les ans, le soir de Pourim, sur la grande place de la juiverie de Carpentras, et Le Testament de Farfouille qui est une farce en dialecte hébraïco-provençal.
Mais cet argot, le lassan kakodes, où l'hébreu se surcharge si drôlement de désinences provençales, les juifs ne restèrent pas seuls à le comprendre et à le parler. Leurs maquignons de Carpentras et d'Orange l'avaient répandu surtout de l'autre côté du Rhône, et les juifs qui faisaient le commerce des tissus en transmirent aussi quelques termes à leurs employés. L'hébraïco-provençal fut donc en quelque sorte la langue secrète des foires et des marchés, si bien qu'aujourd'hui encore les maquignons de Camargue et, paraît-il aussi, quelques vieux calicots du Comtat, tous bons chrétiens d'ailleurs, signifient mystérieusement par batan ou davar que l'affaire est bonne ou mauvaise; mais certainement aucun ne se doute que c'est presque de l'hébreu.
On peut donc admettre qu'à leur tour aussi les mœurs juives ont déteint sur les mœurs provençales; et s'il n'est point toujours facile de préciser, c'est qu'il s'agit là d'un des recoins les plus mystérieux du folklore : médecine populaire, astrologie, divination, occultisme, combinaisons de lettres et de chiffres, histoires d'anges et de démons, bénéfices ténébreux de la Cabale. Veut-on, pour finir, une excellente formule conjuratoire ? Quand une sorcière, une vieille masque, jette le mauvais œil sur un enfant, il suffit de retourner le tablier du bambin en lui faisant répliquer :
« Figo pèr tu, chadaï pèr iéu » Le chadail est le porte-bonheur, la médaille sainte des Israélites... Pour défendre des infestations des magiciens, il y eut toutes sortes d'hiéroglyphes, d'amulettes, de talismans, de brevets comme on disait alors, dont la plupart venaient droit de la juiverie. Je pense surtout à ces amandes de métal précieux, portant d'un côté le candélabre à sept branches et de l'autre, le nœud de Salomon; on peut lire à la Bibliothèque Inguinbertine l'ordonnance qui défendit aux chrétiens l'achat de pareils bijoux. Mais ne reste-t-il pas encore beaucoup de charme et un peu de vérité dans ce symbole d'un fruit du pays, poétiquement marqué d'un signe hébraïque ?

juin 1928

.

mercredi 3 juin 2009

Armanac Cetori Illustrat 1913 : Galéjades Languedociennes ( joutes & invité )

Le Languedoc comme la Provence sont des pays de la Galléjade...
Cet art de vivre ironico-affectueux est souvent mal compris, voire mal interprété... A ce jour, il est une des facettes du caractère social de certaines couches de la population de parlés d'Oc. La rudesse de leur monde leur fait avoir ce regard à la fois de compassion ironique ou moqueuse pour l'autre, mais sans compromission, une dualité d'esprit voire une contradiction.
Les pécheurs, les paysans, les petits artisans, les gens attachés à leur "terre" se conduisent de la sorte par défiance ou pour exorciser le "mauvais sort", qui sait?

Les joutes, ce combat singulier est le lieu de toutes les railleries, il nous en est proposé un exemple quasi délirant...
Bien souvent les propos sont le contraire du mode d'être de ces gens, la galéjade semble être un lieu de défoulement pour ce "petit peuple du midi", qui bien souvent donna les plus grands exemples de solidarité & de bienfaisance commune, d'où la contradiction des esprits de ce lieu.



A las Ajustas

Per las ajustas de Sant-Louvis, aqueste an, Jousèp, l'enfant dau ressaire, seguèt de la fèsta. Era das rouges.
Courra es prou poulit garèon e ben fach, lou noumèroun cap-de-jouvent.
La vèlha de la fèsta anèt à la gara, amé lou pavilhoun, per esperà l'auboi ; pioi, fan soun intrada en vile en faguent rengueta, au soun das aubois ; las bouètas ressoundissoun ; lous pichots lous seguissoun ; van à la Coumuna cercà lous abilhages ; anfin tout se passa couma à la coustuma e mai que ben.

Lou lendeman, à la davalada de la Rampa de la Bourse, Jousèp, fier couma Artaban, teniè toute la Rampa, las moustaches revessinadas, l'iol vieu, rete courra la Titoungla, lous boutels tibats

-- Tron ! chacun se disiè, aquel, segu, farà poulit amai que gagne pas lou pris?...

Pecaire !

Vous cau dire que Jousèp es un pauruc couma n'i'a pas un. Anfin, couma quicom, se issa sus las barras e, quand vèn soun tour, se mata sus la tintaina. Mès, pecaire ! quand lous vougaires coumencèroun e que seguèt per se poustà, trantalhegèt talamen que toumbèt de la mar à la voga.

Louvis, qu'ajustava contra el, se poudiè pas tène de rire. En lou vegent dins l'aiga, ie crida :
-- Vos que te lou digue ?... Sus la tintaina, senblaves un floc de jalarèia ! ! !..



LOU MOUSTÈU.
Armanac Cetori Illustrat 1913



_°_°_°_°_°_°_

Benedicite de Sènt-Guilhem:

Sièn prou per manjà ce qu'avèn ;
Se quaucun vòu veni,
Que se cope las cambas en cami
.

(Lous Dichs poupulàris)

.

lundi 1 juin 2009

Sto Estello 2009 - 2ème rencontres Judéo-comtadines à Pernes

La culture des pays d'oc fut à l'honneur ces jours derniers.
Le congrès annuel du Félibrige à Salon de Provence, ainsi que les 2ème rencontres Judéo-Comtadines de Pernes les Fontaines furent les points d'orgues de cette fin de semaine de Pentecôte.
L'une comme l'autre, de ces deux manifestations culturelles montrent bien que nos "païs" se boulèguent... Et peuvent le faire en apportant un rayonnement culturel universel...
La belle saison annonce de beaux rendez-vous culturels & populaires.

Pour illustrer ces deux événements ces quelques photos :


Sto Estello - Seloun de Crau 2009 ( dimenche matin ) :






2ème Rencontres Judéo-Comtadines de Pernes les Fontaines organisées par l'ACJP :

L'intervention de Mr Cyril Aslanov fut particulièrement remarquée, de par la précision, la concision & l'intelligence critique de ces propos.
Il montra que la langue des "Carriero" fut une langue populaire, fondée sur la réalité d'alors, en phase avec son époque mais qui ne résista pas aux troubles nombreux que connut la Provence comtadine depuis la fin du XIXème siècle.
Il démystifia beaucoup d'idées reçues, et replaça la vérité dans son contexte social, géographique & historique. Il s'interdit à toutes formes de nominalisme linguistique, mais plutôt à un mouvement naturel du peuple concerné en phase avec son époque & les autres membres de la société d'alors. Il étend cette réalité à toutes les populations juives du Dauphiné, de la Provence et des états italiens d'alors...
Après une intervention de Frédéric Vouland, en prélude à une création de Guylaine Renaud, femme troubadour, et Nékouda, groupe musical judéo-provençal clôtura ces 2 journées de hautes volées culturelles...

Intervenants du colloque sur la langue ou parlure judéo-comtadine :
Frédéric Vouland
Guylaine Renaud et Nékouda

Mikvé de Pernes les Fontaines - ( bains rituels de la communauté juive )