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mercredi 8 octobre 2014

L’ÉCHO DES CAGNAS DE REMIÈRES - une idées une mise en page et une présentation d'Ive Gourgaud









L’ÉCHO DES CAGNAS DE REMIÈRES


Avec le centenaire, les documents sur la Grande Guerre se multiplient sur le net : à noter une initiative des sites GALLICA (B.N.F.) et OCCITANICA (CIRDOC de Béziers) qui viennent de mettre en ligne une bonne partie des journaux de guerre partiellement ou entièrement écrits en langues d’oc. En particulier, le vellave Albert Boudon-Lashermes, félibre enthousiaste et organisateur d’élite, va créer sur le front un journal de tranchée qui comptera plus de 300 numéros et qui est connu sous le nom de L’ECHO DU BOQUETEAU, et les deux sites mettent à notre disposition bon nombre de numéros .
Cependant il est signalé que les tout premiers numéros avaient pour titre L’ECHO DE REMIÈRES, du nom d’un lieu-dit de la commune de Seicheprey (près de Toul) où était cantonné Boudon, mais aucun des trois numéros de cet « Echo de Remières » n’a été mis en ligne.
C’est donc une avant-première que nous offrons aux lecteurs de Marsyas2 en transcrivant ici l’intégralité du tout premier journal de tranchée félibréen, qui d’ailleurs a pour titre exact L’ECHO DES CAGNAS DE REMIÈRES. Cet humble journal manuscrit de quatre pages s’orne d’un dessin (que nous reproduisons également) qui veut faire comprendre au lecteur les conditions de ces « troglodytes » modernes que furent les poilus. 
Le texte de Boudon (pages 1 et 2) est à cet égard significatif, soulignant à la fois la tonalité lugubre de la vie de tranchée et la nécessité d’en sortir par la création d’une activité intellectuelle, alternative à l’abrutissement et à l’ivrognerie ambiantes.
Les statuts de la nouvelle Escolo dóu Boumbardamen (page 3), donnés en langue d’oc (un auvergnat vellave teinté de provençalismes) ont été donnés après la guerre par Boudon, mais pas dans leur intégralité ni dans leur mouture originelle : il s’agit d’un document très précieux pour l’histoire du Félibrige sur le front. On remarquera que dès ses débuts, l’Escolo entend réunir les félibres d’Auvergne et Velay avec ceux de Provence, anticipant l’histoire de ses activités sur le front, les Vellaves ayant été relayés et secondés par les Provençaux, en particulier le futur Capoulier Marius Jouveau et le Gardois Francis Pouzol, qui mourra moins d’un mois avant l’armistice.
Les statuts du journal lui-même (page 4) offrent le même intérêt historique, et indiquent clairement la volonté de Boudon et de ses amis de rester les maîtres absolus du journal : seuls les combattants seront admis à y participer. 
L’original de cet Echo des Cagnas de Remières est conservé à la Bibliothèque Municipale du Puy-en-Velay, certainement déposé par Boudon lui-même ou l’un de ses correspondants en Velay. 
Yves Gourgaud, octobre 2014 


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L’ÉCHO DES CAGNAS DE REMIÈRES
1e Année - N° 1 – 31 Janvier 1915  [4 pages manuscrites]



[pages 1 et 2]
A nos camarades du 286e  
Mes chers amis,
L’autre jour, en vidant en compagnie de Lamarche, Hobéniche et Lespinat, un bidon de pinard dans mon P.C. de chef de section, au secteur 2 de ce Remières maudit où nous gisons, vous et moi, enlisés dans une boue d’enfer, nous avons résolu de fonder un journal de tranchée. Non pas un journal imprimé, un journal élégant, solennel, impeccable,… mais une vraie feuille du front, rédigée par de bons poilus, et tirée à la diable sur une humble pâte à polycopier, avec le concours de tous ceux qui voudront bien ici nous aider dans cette entreprise. Notre but ?... Vous distraire un peu, et nous distraire du même coup, recueillir autour de nous toutes les jolies choses écloses dans les tranchées de première ligne où nous vivons ensemble, depuis les chansons de Favier, votre joyeux cuisot, jusqu’aux croquis de Lespinat et au journal de route de Lamarche ; vous permettre à tous de conserver des jours macabres que nous vivons ici, au fond de nos alvéoles de boue, derrière nos parapets de glaise, un souvenir vivant et pittoresque ; enfin, secouer la torpeur qui nous envahit tous, en cette existence lugubre, réveiller l’activité intellectuelle d’êtres humains condamnés par le progrès moderne à vivre sous la terre comme des bêtes fauves, et entretenir parmi nous le bon moral et la joyeuse humeur qui toujours furent l’apanage de la race française. Ce but, nous l’atteindrons sans peine si chacun de vous veut bien nous y aider un peu, soit en nous envoyant directement articles, poésies ou chansons, soit en nous faisant connaître les copains plus particulièrement aptes à collaborer au journal et que le genre de vie que nous menons tous actuellement nous permet difficilement de découvrir, alors qu’en cette vie de troglodyte nous nous connaissons à peine de vue, d’une section à l’autre, et pas du tout d’une Compagnie à l’unité voisine. Donnez-nous tout votre concours et vous verrez que nous ferons merveille ! Notre journal naît aujourd’hui dans un bien sinistre charnier ! derrière les créneaux moroses de Remières, parmi les humbles pins, déchiquetés par la mitraille, qui étendent encore leurs longs bras décharnés sur les tombes de vos compagnons d’armes ou sur les cadavres sanglants et desséchés de tant d’autres héros gisant encore entre les lignes ennemies sans qu’il ait été possible jusqu’ici de les ensevelir… Mais notre régiment ne restera pas éternellement dans cette région désolée, dans ce coin de terre maudit où chaque relève est au travers des ravins de Seicheprey comme une ascension au Calvaire ! Comme tant d’autres, nous irons au repos dans des secteurs plus calmes, plus accessibles, moins apocalyptiques !... Et puis, le printemps reviendra, ramenant jusqu’en nos cavernes la distraction, la vie, le soleil, la gaîté… Et pour pouvoir rester, comme il le faut ici, au milieu de la Mort sans en perdre la tête, nous avons tous besoin de vie, de distraction, de gaîté, de soleil !
Albert Boudon


[page 3]
L’Escolo dóu Boumbardamen
Despièi qu’avèn founda nosto Escolo dóu Boumbardamen, à la 18 dei 286, manco pas de mounde pèr nous crida : « Sias fòu ! Voulès nous faire l’escolo ? » - E ! noun ! Voulèn pas ensigna ! Voulèn vous diverti ! E pèr lou moustra, vaqui lous Estatuts de nosto Escolo :
1. Es esta founda, pèr lous felibres velaiens de la 18° Cìo dei 286 uno Escolo felibrenco qu’a reçaupu lou noum d’Escolo dóu Boumbardamen e qu’es esta /sic/ afiliado à la Mantenènço de Velai.
2. L’Escolo se prepauso de diverti lou brave mounde de Velai, de Prouvènço e d’Auvergno que formo la grando majourita de noste regimen, e pèr acò vòu ourganisa de fèsto, de councèrt, vòu founda un journalet, faire de Jos Flouraus e de felibrejados, douna de representaciouns.
3. Pèr deveni felibre de l’Escolo chau èstre sóudard dins uno unita que coumbat, èstre subre lou front odounc esvacua dei front.
Mèmbres de l’Escolo :
Cabiscòu : Jan-Batisto Sabatier, de Tiranjo en Velai.
Assessour : Albert Boudon, dei Puei-en-Velai.
Baile : Edouard Lespinat, dei bèu païs d’Auvergno.
Tresourié : Vital Montel, de Chilhac (Auto-Lèiro).
Secretàris : Marcel Noël, de Retournac en Velai.
Jan Favier, de Crapono en Velai
Direitour de la Couralo : Auguste Delorme, dei Puei-en-Velai.
Mèmbres : Pèire Chassaing, de Noiretable en Fourès,
Antounin Episse, de Valcivièro en Auvergno,
Eugèni Jammes, de Sto Marìo dei Chazos en Velai,
Jan-Batisto Laurent, de St Berain en Velai,
Auguste Hobeniche, de Fournols en Auvergno,
Antòni Bonnefoy, d’Issinjau en Velai,
J.B. Lempereur, de St Legier en Bourbounés,
Johani e Glaude Lamarche, de Thoissey en Bourgogno.
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Coumènçan /sic/ lou prouchan cop noste fuietoun : « Nos Cuisots », sarò poulit !!!
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[page 4]



Statuts de l’Echo
1. Il est fondé, au 286e, pour les félibres de l’Escolo dóu Boumbardamen et pour leurs camarades, un journal de tranchée qui portera le nom d’Echo des Cagnas de Remières.
2. L’Echo est un journal illustré qui paraîtra quand il pourra, mi-français et mi-provençal afin d’être à la portée de tous.
3. L’Echo étant un journal de guerre, il faut pour y être rédacteur appartenir à une unité combattante, être réellement sur le front, ou en avoir été évacué pour blessure ou pour maladie.
4. Le bureau et le Comité de rédaction de l’Echo sont renouvelables tous les ans, et élus par l’Escolo dóu Boumbardamen. Au cas où les membres actuels du Comité viendraient à être séparés par les nécessités du service, le Bureau de l’Escolo convoquerait les membres restant et constituerait avec eux un nouveau Comité.
5. L’abonnement annuel est fixé à 3 francs.
Comité de l’Echo
Directeur-Rédacteur en chef Albert Boudon
Secrétaire de Rédaction Jean-Baptiste Sabatier
Trésorier Pierre Chassaing
Gérant Antonin Episse
Reporters : Vital Montel, Marcel Noël, J. Bidon
Comité de Rédaction : Jean Favier,
Jean-Baptiste Laurent
Jean-Baptiste Lempereur
Johanny Lamarche
Auguste Hobéniche
Eugène Jammes
Léon Rodier
Pierre /sic/
Dessinateur : E. Lespinat
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Pour s’abonner à l’Echo prière de s’adresser au directeur Boudon, ou au secrétaire de rédaction Sabatier, l’un et l’autre à la 18e Compagnie du 286e 


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(reproduction de ces documents autorisée à condition de citer la source : blog MARSYAS2)



dimanche 26 juin 2011

Alan Broc : Dialectes et écriture dans la recherche d’Yves Gourgaud

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Dialectes et écriture
dans la recherche d’Yves Gourgaud




Yves Gourgaud est le seul homme qui fasse avancer ma réfléxion sur la langue d’oc, ses parlers et son écriture.

Sa découverte des limites de l’idiome cévenol est fondamentale, je crois.

(Employons le mot « idiome » pour laisser de côté la vaine dispute sur la ou les langues d’oc puisque le vrai clivage n’est pas dans la doctrine mais dans la pratique. Iéu sèi mistralenc, dizi LA lengo d’o.)

Elle précise clairement qu’il y a quelque chose entre le languedocien, le provençal et l’auvergnat, c’est le cévenol.

Ses articles montrent aussi à quel point un découpage dialectal préconçu peut influencer la recherche scientifique.


Cette influence peut être négative ou positive :

- négative quand on définit à l’avance un cadre « languedocien » qui doit plier au moule les caractères spécifiques du montpéliérain et du cévenol dans ce que Yves Gourgaud a étudié.

- positive malgré tout puisque la définition d’un cadre permet de définir une écriture.

Ainsi la définition d’un cadre auvergnat a permis à l’Escolo Auvernhato de préciser des principes graphiques communs à toute l’Auvergne linguistique.

La définition d’un cadre gévaudanais à l’intérieur de cette Auvergne linguistique a permis à l’Escolo Gabalo de préciser des principes graphiques pour qui veut illuster le gévaudanais plus précisément.

C’est ce qui explique qu’il y ait le V dans la première de ces deux écritures, puisque les prononciation V et B du V coexistent en Auvergne, et B seulement dans l’écriture « gabalo » puisque tout le Gévaudan dit B.


Ж

Une phrase du premier article d’Yves sur le montpéliérain résume bien toutes les questions qu’on doit tenir à l’esprit avant de proposer une graphie pour un mot ou une syllabe, a fortiori avant de proposer toute une orthographe.

Il dit en substance (vous retrouverez la lettre exacte dans son article) :

« La graphie occitane a complètement effacé les caractères spécifiques du montpeliérain mais certains félibres l’avaient fait aussi auparavant, à tel point que leur montpeliérain ressemble à du cévenol. Si on refuse de marquer les traits spécifiques du montpeliérain (CH non différencié de J, paide au lieu de paire…) autant adopter directement la graphie occitane ! »

Mine de rien cette phrase qui paraît un simple mouvement d’humeur dit beaucoup de choses fondamentales :

Elle pose des principes sur la transcription d’un parler
Elle indique que divers choix sont possibles, même si Yves prend parti parmi ces choix.
Elle pose un principe fondamental d’orthographe.



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1 - Des principes sur la transcription d’un parler.

Que par volonté d’illustrer ou de définir un languedocien, considéré comme un idiome un, on choisisse de « normaliser », c'est-à-dire de préférer des formes à d’autres, n’est pas scandaleux en soi.

L’escroquerie réside dans le fait qu’une fois ce choix de formes effectué, on prétende représenter tous les parlers en même temps !

Ainsi, le languedocien référentiel des occitans est clairement de l’audois. C’est un tout petit peu moins clair chez les félibres des années 1890-1920 qu’Yves Gourgaud critique.

Or ces normalisateurs du languedocien ne présentent pas leur forme comme une forme unique – qu’on pourrait accepter, et surtout refuser comme seule forme écrite languedocienne –. Ils l’a présentent comme une forme qui a la prétention de transcrire tout à la fois la norme languedocienne et l’audois, plus le montpeliérain, le cévenol… tout ce qui est considéré comme « languedocien ».

C'est-à-dire que dans le délire occitan, on prétend écrire de la même manière les parlers de l’Aude, du tiers sud du Cantal et de la Lozère !

- Dire, pour reprendre un exemple d’Yves, « on écrit cantoun / cantan mais dans les Cévennes on prononce cantou » c’est une escroquerie.

- Dire, autre exemple qu’il cite, « on écrit ploja / plòja, mais à Montpelier et Mèze on dit plocha » est une autre escroquerie.

- Dire « on écrit paire, mais à Montpelier et Sète on dit paide » en est une troisième.


C’est une évidence, Yves Gourgaud la rappelle, que pour transcrire les formes montpeliéraines on est bien obligé d’écrire càntoun/cànton, plocha / plòcha, et paide, de même qu’on écrit la nioch et pas la nué.


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2 – Divers choix possibles

On n’est effectivement pas obligé d’écrire son parler de naissance. Des auteurs et chansonniers d’Oloron ont écrit en parler de Pau parce qu’ils vendaient leurs chansons à Pau.

Arsèni Basset, le père de mon grand-oncle, qui était de Barriac-les-Bosquets près de Pleaux (Plèu) a écrit dans son parler, mais aussi beaucoup dans le parler d’Aurillac car les abonnés de « Lo Cobreto » étaient presque tous à l’époque de l’arrondissement d’Aurillac. Peut-être aussi qu’il considérait ce parler comme plus littéraire parce que c’était le parler de Vermenouze.

Yves Gourgaud lui-même, qu’un lecteur non averti pourrait prendre pour un indécrottable localiste « attaché au fumier de sa basse-cour » (Mistral) est quand-même au départ un Vellave qui a écrit en vellave, puis en cévenol, et qui a décidé de transcrire toute son œuvre en provençal littéraire.

Quand je croyais encore naïvement qu’il y avait une place pour les Auvergnats dans le projet occitan et que je pensais avoir le droit d’écrire l’auvergnat dans une orthographe néo-classique, Felip Carbona, le directeur de la revue « Lo Gai Saber » m’avait surpris un jour en disant : « Les lecteurs écrivent librement leur parler, ou du moins celui qu’ils ont choisi ».

Ça me paraîssait à l’époque une idée bien étrange d’écrire le parler des autres. (Felip Carbona répondait à mon objection. M’avio damandat un article per sa revisto e li avio respoundut qu’avio pas envejo d’escriéure en lengadouciô. Me dizio dounc que Lo Gai Saber èro pas uno revisto lengadouciano coumo tout lou mounde crèi, e qu’on i poudio publica d’àutri parlas)

Puis j’ai découvert que de nombreux Quercynois notamment préféraient des parlers plus sudistes au leur. Beaucoup disent : « Je ne vois pas l’intérêt de préserver « l’e’ccolo » au lieu de « l’escolo ».

En effet, des considérations esthétiques personnelles peuvent jouer en défaveur du parler natal.

De même je pense que l’attachement féroce des occitanistes rouergats à la « graphie » du gestapiste Louis Alibert tient en grande partie au fait qu’elle permet de sudiser leur parler sans le dire.

Certes on peut proclamer : « On écrit manjan de pan mais on prononce monzou de pô. C’est la doctrine officielle de l’IEO.


Mais on sent très bien que l’occitaniste rouergat moyen souhaite PRONONCER plutôt manjou de pô ou même manjou de pâ.


Ives Roqueta raconte que lorsque Jan-Glaude Bouvier proposa son « ourtougràfio unitàrio » qu’il appelait « orthographe de compromis »* il était lui-même secrétaire général ou président de l’IEO et qu’il avait envoyé les documents et les arguments de Bouvier à toutes les sections. La réaction avait été timidement positive ou légèrement négative selon les cas, sauf en Aveyron où la réaction avait été brutale : « Si tu continues avec ces conneries, on demande ta déchéance de la présidence de l’IEO. »

Je crois que la dureté des occitanistes aveyronnais tient au fait qu’ils n’osent pas le dire mais ils préfèrent dirent « lou castèl » que « lou cohtèl ».


(* en gros on écrit les voyelles comme Mistral et les consonnes comme Alibert)


De même, je comprendrais très bien qu’un Montpeliérain préfère écrire en bézierenc ou en cévenol pour mieux se faire entendre loin de chez lui, ou pour des raisons de choix esthétiques personnels.

L’auvergnat illustre qui se forme dapassou depuis 130 ans accepte certaines formes et en refuse d’autres. Ce n’est pas une académie qui décide, ce sont les auteurs eux-mêmes.


Ainsi les gents qui disent bogou et lou mougui ont considéré à peu près tous que la forme lou mougui méritait d’être écrite et pas la forme bogou. Ils écrivent donc volou et lou mougui.

Mais ils ne prétendent pas que volou doive se prononcer bogou ! Ils ont simplement choisi dans le premier cas la forme d’Aurillac, Salers et la Bourboule.

De même les auteurs de la Grande Planèze ont choisi d’écrire – et donc de dire – I o una moustèlo près de Chaldos Aigos au lieu du local I o una moustiarha près de Chàrhdas-Aigas.


Je dis la chiwo, la shkowo et l’óubèl, et si toute l’Auvergne linguistique faisait comme ça, j’écrirais comme ça. Mais ce sont des formes trop locales de mon parler – trop locales en Auvergne – et donc j’écris la tiéulo et l’escolo systématiquement,

Et je n’écris l’auvèl ou l’óuvèl que lorsque je sais que la majorité de mes lecteurs seront de mon parçô de Salèr. Sinon j’ai le choix entre l’augèl et l’oucèl, tout aussi auvergnats que l’óubèl.

Ce faisant j’ai l’impression d’y gagner plus que j’y perds, mais je ne prétends pas qu’en lisant l’oucèl, qui a ma préférence en ce moment, on doive prononcer l’óubèl !


J’attends loyalement la prononciation /loushèl/.



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3 - Un principe fondamental d’orthographe


La phrase d’Yves Gourgaud pose donc aussi un principe fondamental d’ortographe : on ne peut pas écrire deux phonèmes différents de la même manière.

Le « graphisme support » du gestapiste Louis Alibert et de ses épigones Taupiac et Sumien est une escroquerie !


Certes Mistral écrit lou jour pour les prononciations djour et dzour ou tsour. Mais dj, dz et ts sont un seul et même phonème. La différence de prononciation de change pas le sens, jamais. (vilatge peut se dire biladge, biladze, bilatse)


Au contraire de Mistral les gestapoccitans prétendent écrire de la même manière des phonèmes différents : manjan de pan auèi e ne manjaràn deman prétend recouvrir la prononciation mànjoun de pan auèi e ne manjaran deman, ce qui est déjà une escroquerie pour le premier mot,

mais qui devient du vrai délire quand cette graphie prétend recouvrir ma prononciation auvergnate : minjou de pô auèi e ne minjarau demô et plus exactement /minjyou… dimô/


tout en recouvrant la prononciation rouergate : monjou de pô auèi e ne manjaròu demô.


J’entends bien que pan et pô sont équivalent et veulent tous deux dire « le pain », mais cette équivalence n’est pas universelle. « Nous mangeons » se dit minjan et pas * minjô.

J’entends bien que dans ce mot précis manjaran, manjarau, et manjaròu sont équivalents, mais cette équivalence ne se retrouve pas dans lou roussinhòu, l’escoulan, lou fanau.


Mais quand j’écris en auvergnat lou pô, j’attends du lecteur non auvergnat qu’il prononce lou pô quand il lit, ou que du moins il soit conscient que mon idiome n’admet pas d’autre prononciation. Je ne lui laisse pas l’opportunité de prononcer du gascon ou du catalan à la place de mon auvergnat.

Inversement et beaucoup plus souvent*, quand je lis du provençal, je n’ai pas la suffisance de prononcer lou pô quand je lis lou pan. Je prononce loyalement du provençal. La seule petite liberté que je me permets est de rouler les R à la mode de la Haute-Auvergne.

Cette pratique raisonnable, la seule fondée en linguistique, rend moins fondamentale la divergence théorique entre LA et LES langue(s) d’oc.




Alan Broc
Mèstre d’Obro
del Felibrige







Occasion pour moi de rappeler une fois de plus que lorsque je dis que le provençal littéraire est « référentiel », ça ne veut pas dire que par idéologie ou autre je le trouverais supérieur à mon auvergnat ni aux autres parlers, c’est une constatation que je fais que lorsqu’on cultive la langue d’oc et qu’on veut la lire, on se rend vite compte que 95% au moins de ce qui est publié est en provençal littéraire.

Cette forme est donc notre forme commune de fait.


Si j’étais supérieur à Mistral, l’auvergnat illustre prendrait naturellement, sans idéologie, la place du provençal.

Si les auteurs béarnais avaient été capables d’écrire autre chose que des niaiseries pétainistes et pré-pétainistes du genre « lous miasmes de la bile », « à la campagne tout es pur », le béarnais aurait eu plus de prestige et aurait pu prétendre servir de référence à la Gascogne. On en est bien loin.

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vendredi 12 novembre 2010

Yves Gourgaud : Albert Boudon, poète vellave


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Albert Boudon, poète vellave

Grâce aux efforts, en Velay, de l’Association des Amis d’Albert Boudon dit Boudon-Lashermes (1882-1967) et de l’Escolo velaienco Pèire Cardenal, la vie et l’oeuvre du plus grand écrivain vellave sont maintenant bien connues. Parmi les dernières publications, citons l’édition bilingue de sa monumentale épopée en vers : Licenciouso, écrite tout en provençal mistralien (2000) et une minutieuse bio-bibliographie (2005, 247 pages). L’aspect le moins étudié de son oeuvre reste sa production en vellave, car il n’a lui-même jamais réuni les nombreux poèmes qu’il écrivit et dispersa dans des revues locales. Certes, nous avons bien édité un livret contenant des textes écrits et édités (à la machine à alcool !) dans les tranchées entre 1915 et 1918, mais il reste à découvrir les « poèmes de la paix ». Et pour mieux saisir la personnalité attachante de Boudon, quoi de mieux que ce poème écrit en l’honneur de... sa poubelle ??!! C’est un des chefs-d’oeuvre incontestés de l’humour vellave. La graphie d’origine a été scrupuleusement respectée.




MA POUBELLO

Coume estampave aièr, per ma Crounico,
En moun oustau plen de reculimen,
Quaucun sounè la campaneto antico
Qu’es lou plus béu jouiéu dóu bastimen.
Mi lougatàri, en chalot dei fin-fège,
Ei grand coumplet sautèron dins la cour...
A ! Segnour Diéu ! qun resplendènt courtège
Se boulegavo en ma charreiro en flour !

Moussu lou Maire emé soun secretàri,
Soun arpentaire e soun grand toumbarèu ;
Pièi lous agènts, à mino tutelàri,
Chascun tant gènt, chascun tant agradiéu !

Nous adusien uno crano poubello,
En resplandour lusènto de béuta...
Hoi ! mous enfants ! qu’èro poulido e bello,
Esbléugissènto e lisqueto à crouca !

Tout à l’entour, ei lindau de la porto,
L’oustau entié badavo, estavousi :
Avien jamai rèn vist d’aquesto sorto,
E sabien pas de qué poudiò servi !

Desbadarnant la bouëto sèns vergougno,
L’uno faguè : « Co’s proupret e gentoun !
Es bèn, verai ! ‘no drolo de besougno !
Co’ei pèr sarra counfituro e tourtoun ! »

Mai vitamen l’autro diguè : « Ma mìo,
Pèr ié bouta de poumpo e de pastèu,
I’aurien pas mes tant gentouno maniho :
Co’s un cartoun pèr pourta soun chapèu ! »

La Filoumèno, en requihant sa taio,
Venguè : « L’an fa nègre de tout cousta,
E lou patroun, qu’à soun journau trabaio,
Lou vòu rempli d’encro pèr estampa ! »

Mai l’Angeliso, uno qu’a tèsto chaudo,
Embé l’engèn, pourta d’un pas gaiard,
Faguè lou tour de l’ort, disènt : « Foutraudo !
Moussu Boudoun vòu repassa la mar ;

Vòu faire encaro un crane e long vouiage ;
Aquei saquet que vesès dins ma mo,
Ié vai bouta tout soun petiot bagage :
Co’ei sa valiso, e vai parti demò ! »


N.B. Au vers 5, « mi » es un provençalisme incontestable : en Velay on dit « mous ». On trouverait d’autres provençalismes comme « tutelàri » ou « ié » : l’écrivain félibre Boudon empruntait sans aucun complexe à la grande langue littéraire de Mistral les mots ou expressions qu’il ne connaissait pas en vellave, ou qui lui semblaient simplement plus beaux en provençal. Rappelons que Mistral faisait de même avec d’autres parladures d’oc, et que c’est à ce prix (emprunts raisonnés aux dialectes/langues voisins) qu’une langue littéraire s’enrichit et se forge. Rappelons aussi que c’est la liberté absolue de tout écrivain que d’emprunter des mots ou des expressions..
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Yves Gourgaud,
novembre 2010


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dimanche 23 mai 2010

LA BÈSTIO DEL GIVOUDAN - la Bète du Gévaudan (Alan Broc)

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LA BÈSTIO DEL GIVOUDAN
toujour eitant misteriouso




Al coumençomen se parlè d’un loup, mas d’una forço inacoustumado e ammé de reaccious particulièro. Amai soun pelau èro mai faube que lou di loups.

Un film recent reprend una teourìo ja vièlho qu’un ome pervers se sario escoundut souto de pèls de loups per faire de crimes countro lis efonts e lei jouventos. D’àutri dïzou qu’hou faguè soubre l’estiganço d’un coumplot di clèrgue per tourna lou Poble à la religiou, qu’avio pamen jamai quitado.

Pamen sen be fourçats de veire que i avio una bèstio, ou de bèstios.

Vaqui sèns trop de coumentàris, de renduts de quauques uns de si rescountres.


COUMENCÈ DÏN LOU VIVARÉS

N’en parlou pel primier cop en Vivarés, pas en Givoudan, lou 30 de junh de 1764.
« Una drollo de quatorge ons del vïlatge dis Ubas estado chapado per una bèstio fero. »

PASSO TALÈU DÏN LOU GIVOUDAN

A la fi de setembre, acò fai ja tretge persounos que sou estados tuados per la bèstio.

Lou 27 d’ouctobre, moussu de Labartho, gentilome de Maruéjous escrieu à d’amics sèus :

« Aquelo bèstio es tô leugièro à la courso que se mostro dïn la mèmo journado à de distanço enormos, e que torno pareisse à l’endrèit d’ount’ èro partïdo, ço que faguè cranhe al coumençomen que n’i aguèsso mant-uno. Soun agilitat es inquèro mai dificilo de crèire : fai tres jours qu’un païsô qu’avio trat tres cops ammé soun fuzilh, pouguè pas l’empacha de l’aganta i rounhous maugrat un grond coutelas à faire lis esclops que tenio à la mô, e maugrat que virèsso toujour per l’esquiva. »

Poudet pensa qu’aquel païsô que mouriguè de sei nafros quauques jours daprès, aguè leze de finta la bèstio e de veire qu’acò èro pas un ome !

Moussu de Labartho escrieu ço que lou païsô e d’àutri testimònis li aun dït :

« Aquelo bèstio o la tèsto larjo, plô grosso, estïrado coumo la d’un vidèl e achabado en muzèl de lebrier. Lou piau roussèl, gaire-be rouje, es regat de negre per l’estïno, lou pitre es larje e un pauc gris, lei chombos de davont sou un pauc bassos, la coeto forço larjo e forço plô fournido. Courre en boumbissent, lis aurilhos drèitos ; sa marcho al pas es forço lento. Quand chasso s’aclato ventre à terro e se rebalo ; laidounc semblo pas mai bèlo qu’un gros reinald. Quand es à l’estricado que li counvé, se rounso soubre sa predo e l’afaire se counclus en uno clunhado. Minjo lei fedo en l’aire, drèito soubre si pès de darié. Atau, es prou bèlo per ataca un ome à chaval. Sa pagèlo es mai nalto que la d’un grond loup. Es lepeto del sang, di tetous e de la tèsto. Torno souvent al cadabre qu’es estado fourçado d’abandouna, e se l’aven enlevat, guelo leco la terro se i o de sang. »
Quand o devourat una jouvento ou un efont, à la garganto, aclapo si rèstos dien la terro, coumo per se faire de reservos per l’ivèr.

Lis autouritats de la prouvìncio damandèrou d’ajudo. Quatre coumpanhios de voulountàris venguèrou de Cliarmount, apiejados per cinquanto-sièi dragouns. Mas lou remembre de las dragounado es demourat e la poupulaciou coulabouro pas ammé li souldats. S’en vaun.


UNO IENO

Is entours de Langounho, de vïlatgés se radunèrou, armats de fourchos, de picos, de coutèls. Faguèrou una grondo batüdo e tuèrou una bèstio. Lou curat afourtiguè qu’èro uno ieno, bèstio africano vengüdo dïn lou Reiaume sèns que se sapièsso coumo. Aluquèrou de fiocs de joio.

Mès ti-avet que quauques jiours daprès, apareguè endacon-mai en Givoudan e ataquè d’autros persounos. Ero ressuscitado ! Amai on la vezio à de liocs diferents al meme moument.

UN OME

Se de gents pensou d’uèi que poudio èsse un ome, almen après la ièno, es qu’aguèrou l’impressiou de cops qu’entendio lou lengatge dis omes.

« Un jiour un païsô, en l’avisant, avio cridat en patai à sa filho : « Mari-Ano, apòrta-mi la destrau ! » e la Bèstio avio fugit.

D’un aute coustat, quau pot saber se la bèstio avio coumprés ou se lou simple toun de la voutz e lou noumbre de persounos l’aviou pas faito fugi.

Mai impressiounat e mai parlant per l’ipoutèsi d’un ome qu’aurio proufitat de l’escazenço ; un cop la bèstio despoulhè una drollo de dez-o-sèt ons, li talhè lou cap, li coubriguè lou cos de si fardos, tournè bouta lou cap, ammé soun bounet, talomen plô que quand la troubèrou, creguèrou d’en primier que dourmissio. Chalio avedre de môs per faire tout acò.


PASSO EN AUVERNHO

Valentomen coumbatüdo dïn lou Givoudan, la bèstio partis en Auvernho. Devouro una fenno de 45 ons à La Fajo, pròchi Vedrino-Sant-Loup, dioucèsi de Sant-Flour. Près de Chantoloubo, ataco puèi un drolle di piaus fournits e li emporto uno partïdo de la pèl del cràni.




LIS EFONTS VALOUROUS DEL GIVOUDAN

Puèi torno dïn lou Givoudan, ounde la coumbatou ferounomen, li quites efonts !

Lou doutge de ginié 1765, d’efonts gardabou lei bèstios de lours parents soubre la mountonho pròchi Saugues, dïn la paròquio de Chanaleios : cinq drolles e duoi drollos, de nau à ounge ons.

Saben lours noums que meritou d’èsse retenguts : Maddaleno Chausse, Jano Gueffier, Jaque Costou, Jousep Panafieu, Juon Pic, Jaque-Andriéu Portofais e Juon Veyrier.

Li parents, prudents, lis aviou armats d’una broco, amm’ una pielo de coutèl al cap, tengudo per un estuch. Soubtomen la bèstio s’aturo, menaçairo. L’aviou pas vïsto venï ni augido.

Cossé, lis efonts se radunou, desestujou lours pïcos, faun lou sinne de la croutz e afrountou la Bèstio. Aquelo d’atï viroulejabo à lour entour, en esquivant las pielos. Chircabo d’aganta un di dous pichounèls. Salto à la garganto de Jousep Panafieu ; mas li tres einats la fissou de lours pounchos e la bèstio requiolo. Gardo la gauto de l’efont dïn sa goulo, e la minjo. Puèi torno e se rounso soubre lou pichou Juon Veyrier e l’emporto maugrat li cops de lanço. Lis àutri la perseguissou, mas courre mai vïste. Aun l’idèio de la buta vers uno sanho, ounde lei quitos vachos mau gardados s’enfangou. La manobro capito prou plô.

Un di tres perseguissèires fo aquelo proupausicioiu gaire glouriouso : Leissen-li Veyrier e partissan del temp que lou minjarò.

Mas Jaque-Andriéu Portofais se reganho : Anan à l’ajudo de Juon. Lou delibran ou peirissen toutes.

Li sièi drolles d’enferounissou soubre la Bèstio. Fissai-li la tèsto, lous uèlhs, la goulo, ço-coumando Portofais.

Mas la Bèstio es trop nalto e podou pas atenhe lis ueis. Capito quitomen d’aganta la pielo de Jaque-Andrieu Portofais, sèns larga Juon Veyrier que té souto uno de sas pautos. Mas lis àutri s’encapudou, e la bèstio boumbis en darié, en largant sa predo.

Jaque-Andrieu Portofais (Portefaix) fouguè premiat de sa valenço. L’estat li paguè de bouns estùdis, que faguè à Mountpelier, e devenguè ouficier d’artilhario.

Espandïdo per li coulpourtaires, soun istòrio esmouguè lou plô jouve Gilbèrt Mothier de La Faieto, que vóuguè rejounhe li chassadours. Aurio vóugüt se batre soul à soul ammé lou moustre, èsse lou sant Jòri de l’Auvernho.


JANO MARLET

Uno auto valento fouguè Jano Marlet, espouso de Pèire Jouve, del masatge de La Bessièiro, entremié Sant-Albô e Lajò, uno terro de boscs e de roubinos, un païs de loups, de loubas, de loubatas e de loubards.

Al mitan de mars de 1765, la Bèstio avio ja sannat à Prunièiro una fedo e un tessou. Puèi darquè lou Truèire à un ga, e se troubè en Auvernho davant la bòrio de Pèire e Jano Jouve.

Aquelo fenno de santat delicato, èro maire de sièi efonts, e prendio lou souguilh ammé li tres mai jouves deïn lou jardi. Erou per tourna dïn la bòrio : primier lou drolle de sièi ons, puèi sa maire, puèi la filho de nau ons que pourtabo soun frairou de quatorge mes.

D’un cop, Jano augis lou brut d’una pèiro que toumbo del mur de la courtiau. Se revïro e vèi la Bèstio qu’o saltat soubre la droulleto, que l’o faito toumba e que li té lou bras dïn sa goulo, del temp que la pauro sarro soun frairet per lou proutegi. La maire desarmado se rounso soubre la Bèstio e li fo larga sa filho. La drollo se relevo e fico de pednados à la Bèstio. La maire s’enguilho entremié li dous coumbatents. La Bèstio requiolo e vïro lou cap vel drolle de sièi ons. Jano Jouve lou coubris de sa persouno. Empounho la Bèstio à la garganto, ensajo de l’escana.

La maire e la Bèstio lhuto cos à cos, de las pautos, dis àrpios, di caissaus. Lou moustre requiolo d’un cop, aganto lou droullet per la tèsto e l’emporto. Jano la ratrapo e arranco lou drolle. La Bèstio fo toumba Jano, torno aganta lou drolle, e vòu fugi. Jano ramasso sa pèl, aganto una pèiro, salto d’escambarlou soubre la Bèstio e li martèlo la
closco. La bèstio la torno faire toumba e s’esbinho ammé sa predo. Jano la reté per la coeto. La Bèstio la tïro de l’aute latz de la mureto.

Irousomen, à-n-aquel moument lou paire e li dous filhs einats tornou di champs. Un fisso la Bèstio à cops de baiouneto, del temp que soun cô la moussego. La feruno achabo per partï en renounçant à sa predo. Mas lou paure droullet avio la caro desquissado e informo, e mouriguè tres jours après.

L’erouïsme de la maire faguè de brut e arribè is aurilhos del rèi Louvis XV que li faguè remetre tres cent lieuros. Mas lou meme sir, la Bèstio devourabo un droullet à Chanaleios.



LA GRONDO BATÜDO D’AUVERNHO

Duoi batüdos se devou rejounhe. Uno partis de Servièiros, e l’auto de La Fount del Fau. La jounhudo es previsto al Bosc Negre.

Lou 9 d’agoust de 1765, à uno ouro del vèspre, lou curat de Paulhac, l’abat Bertrand Dumount arribo e counto ço qu’es arribat lou meme mati à sa sirvento, Mari-Jano Valet, de dez-o-nau ons. Una drollo galhardo, biaissudo e valento :

« Ero à quinge cents pas al sud de Paulhac ammé sa sorre Tereso, mai jouvo de dous ons, e anabo à la bòrio de Broussous. Deviou traversa uno isclo coubèrto de vernhats, entremié dous bras del rieu que s’escampo dïn la Deijo, un pauc mai lonh. I o dous darcadous que permetou de passa. Del temp que caminabou en terren descoubèrt, aun avisat la Bèstio que lei roudabo. O vóugut se rounsa soubre Mari-Jano. Mas èro armado d’uno baiouneto que soun paire li avio fargado, e o tustat la Bèstio al pitre. Aquelo d’atï o bramat fourejomen, en pourtant la pauto de davont à sa nafro, coumo uno persouno l’aurio fat. Puèi s’es escampado dïn lou rieu, ounde s’es roudelado mai d’un cuòp, abons de sourti e de dispareisse. »

Amm’ acò, li batèires anèrou à l’endrèit que la Bèstio avio atacat lei jouventos. Lei questiounèrou, agachèrou la baiouneto inquèro pleno de sanqueto soubre tres póuces de loungour. Troubèrou de piados de la Bèstio e de traulhos. Lei seguèrou, e veguèrou que lou loup avio bourdejat lou rieu, e que l’avio passat e tournat passa en mant-un
lioc, abans de dispareisse.

L’abat Dumount mandè un raport di faits à Moussu de Sant-Prièst, intendent del Lengadò à Mountpelier, ounde se legissio :

« I veirés que la Bèstio fero es bessai estado nafrado mourtalomen per una segoundo pieucèlo d’Ourlhens ou del Givoudan que lou cèu avio destïnado à-n-aquel espet per delibra la proubìncio del moustre afrous que les tracasso despuèi tont de temp… S’aquelo Bèstio mouris pas del cuòp qu’o recebut, cò’s segur que n’en sarò aflaquido per loungtemp. »

Ensajèrou d’atira la Bèstio soubre una fenno artificialo pleno de pouizou. Deguisèrou una fedo en pastresso, del temp que li chassaires s’escoundiòu. Mas la Bèstio soulfinè aquessos trampèlos groussièros.

Aladounc faguèrou apèl al rèi.

De Versaios Louvis XV mandè Antòni de Beauterne, soun lioc-tenent dei chassos e porto-arcabuso, ammé uèit gardo de las capitanarios reialos.

Arribè à Cliarmount al mié del mes de junh. Se fo remetre per l’intendent d’Auvernho, Ballainvilliers, de chavals, de miòus de bast, de petards per li traire pels boscs e espouruga la Bèstio e la destousca, vint lanços enmargados « per lei metre entre lei môs de païsôs demié li mai vigourous e li mai sàbis ». Se trasporto puèi à Sant-Flour, puèi al Malzieu, en Givoudan. Repartis si gardos dïn li vïlatges dis entours. A la fi de junh, sa pichouno armado es ja prèsto e coumenço lei batüdos.

L’astre fai que la Bèstio se té tranquillo durant quaucos senmonos.


LOU FAMOUS JAN CHASTEL E SOUN FILH ANTÒNI

Lou 15 d’agoust de 1765, dous cavaliers d’Antòni de Beauterne rescountrou Chastel e si dous filhs. li cavaliers s’aprèstou à passa per uno sendo estrèito per prendre lours postes de chassadours e damondou i tres Givoudanés se lou passatge es segur, se i o pas de sanhos.

"Anas-i, ço-dïs lou paire. Poudet sègre tranquilles."

Mès al cap de sounque detz pas lou primier chaval s’enfango fin lou ventre. Li dous àutri gardo aun de mau à sauva l’animau e lou cavalier.

D’aquel temp li tres Chastèl s’espoufidou.

Li cavaliers s’en vaun e faun un raport à Antòni de Beauterne, qu’escrieu i jutges de Saugues que faun enclava Jan Chastèl, dït « lou Masc », e si dous filhs. Lou mai jouve se souno Antòni. S’èro fat dis Uganauds del Vivarés, puèi di galerians de Touloun, èro estat fat presounier per li piratos d’Algier. Avio renegat la fe catoulico per pouder èsse delibrat countro rençou. Un cop tournat en Givoudan, viscabo isoulat al mié di boscs, ammé de côs e de loups un pauc aprivadats.

Lou medici de Saugues coumto :
« Un cop, mountèri à lour bòrio, que la maire èro malauto. Al moument de tourna, fazio negro nueit. Jan m’avio beilat dous loups coumo escorto, en me precisant : Fai mèfi de toumba pas, que te devourariou ; e un cop à l’ousta, doublides pas de lour douna una tourto de pô. »

Adounc pouden dïre que :

li Chastel aun marrido reputaciou. lou passat un pauc misterious e plô particulier del filh Antòni renforço la suspiciou. Abelis de loups.




BEAUTERNE S’EN TORNO

Beauterne repetabo que voulio tourna à Versaios abans la sazou marrido. Ti-avet que lou 21 de setembre desquilho un loubatas dïn la valado d’Alaier en amount de Brieude.

Henri Pourrat farò remarca :

« Quonho crespïno ! Talèu arribat dïn aquel cantou ounde la Bèstio es pas jamai vengüdo, desquilho d’un cop de canardièro un loubatas dïnc un bosc que pertanh à de mounjos. Amm’ acò, demié toùti lis àutri chassaires, acò’s vers guel que la Bèstio arribo, e guel jinco talomen plô, que li mando uno balo dïn l’uei. »

Lou loup es pourtat soubre l’estïno d’un ase fin Cliarmount. Tres ciroges l’empalhou e Beauterne torno à Versaios ounde Louvis XV li douno uno pensiou de milo lieuros ammé lou drèit de bouta la Bèstio dïn sis armos d’escut.
Pel rèi, l’afaire es achabat.
Pamen li Givoudanés e lis Auvirnhats tuou la Bèstio inquèro sièi cops.
La Bèstio s’es tengudo tranquillo quand li Chastel èrou en presou, se tenen pas coumte del loubard tuat per Beauterne.
Mas aquel loubard inoucento touto la famìlio, qu’o larjour, e que participo ei batüdos.

Lou 19 de junh 1767, soubre lou pendïs d’ubac del Mount Mouchet, pròchi lou vïlatge d’Auvers, lou marqués loucau e sa troupo de chassadours batou la mountonho. La Bèstio es estado vïsto pel bosc de la Tenazeyro. Lou senhe d’Apcher dispauso sis omes per l’encercla. Jan Chastel n’en fazio partïdo, ammé soun chapelet, « e sei diablarios » ço-diziou d’ùnsi. Se bouto de ginoulhous e legis lei litanios de Vierge, lou fuzilh pausat près de guel, quand aviso la Bèstio, à cinquanto pas, soubre soun quiòu, que lou finto, paziblomen.

Prend lou temp d’achaba sa pregàrio, barro soun missau, plego li mericles, lei boutos dïn sa pocho, sèns se despacha. Empounho lou fuzilh, jinco, trai. La Bèstio toumbo soubre lou flanc e guel li crido : (Acò’s rapourtat en lengo d’o dïn li raports de l’epoco souto aquelo formo)

Bestia ! N’en mandjaraz pa puz ! » (Remarcat li –Z qu’endïcou que lou – S finau es mut en auvirnhat)
Charguèrou lou cadabre de la Bèstio fin lou chastèl de Bescos, ounde lou marqués demourabo. La balo de Chastel li avio traucat lou còu e petat l’espallo gaucho.
Jan Chastel anè à Versaios mas Louvis XV pretendè que la Bèstio esistabo pas mai despuèi dous ons. Jan Chastel oubtenguè almen del dioucèsi de Mende que li paguèssou 72 lieuros.



COUNCLUSIOU

La Bèstio tuet peraqui cent persounos. La chifro es pas preciso que saben que de gents fouguèrou coumpletomen minjats. I aguè de dispareguts, e dïn li cadabres troubats, n’i aguè qu’èrou pas più qu’un boucinou de cos.

De legendos circulèrou soubre Antòni Chastèl, que lis Algerians l'auriou chastrat - acò's vertat qu'hou faziou souvent - e que sario devengut fòu à se vouler venja soubre tout lou mounde.
So qu'es sigur es que sabio aprivada de loups. Moun ipoutèsi es que i avio mant-uno bèstios. So qu'es sigur es que n'i aguè almen uno qu'èro plô mai bèlo qu'un loup acoustumat, e soubretout amm una coulour de piau prou diferento.

Aladounc, de qué se trachabo ?

Una bèstio exoutico, mès quonho ? Una ieno sario pas estado tant grosso coumo dïzou li testimònis amai se la descripciou jounto plô. Pouden pensa també à un loup aprivadat e nouirit regulieromen, adounc plô galhard, ple de forço. L'atitüdo de la Bèstio davant Jan Chastèl manco d'agressivitat. Semblo espera un sinne de soun mèstre. Fau l'ipoutèsi que uno dei bèstio tuarèlo èro un loup aprivadat per Antòni, e que Jan decidè d'arresta lis espets sanguinous del loup de soun filh.

Acò clarifico pas tout, mas parcialomen.



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samedi 16 janvier 2010

Ive Gourgaud : AUTOUR DU MEZENC Deux sonnets d’Alphonse Boncompain

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AUTOUR DU MEZENC

Deux sonnets d’Alphonse Boncompain

Celui qui signait volontiers « Medachi Boncompain » est né et mort (1885-1962) à Yssingeaux, sous-préfecture de la Haute-Loire et capitale du « Velay de-delà les bois ». Il contribua à organiser le Félibrige à Yssingeaux entre les deux guerres, en collaboration avec Boudon-Lashermes qui lui était actif au Puy, dans le « Velay de-deçà les bois ».
Son oeuvre est restée inédite : elle est peu abondante mais de bonne tenue,
comme on en jugera par ces deux sonnets qui évoquent le « roi du Velay », le mont Mézenc.
Nous avons pour chacun de ces sonnets deux versions, l’une datée de 1922 et l’autre de 1926 : nous donnons ici une version qui tient compte des meilleures variantes, sans changer la graphie originale (à part quelques signes diacritiques qui ont pu être modifiés ou ajoutés, pour faciliter la lecture). (Y.G.)



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Lou Velai

Coumo lou javagnò que jouco per las peiros,
Moun Velai vergougnou, din las bourros dous ciàs,
A escoundiù soun nid, para de tous lous las
Per Mezenc, lou Devès, Mount-Bar et las Bouteiros.

Lou Meigau, em’ sous süs et soun bé Testaouéiro
Planta coumo uno bouéino, en douas parts l’a coupa.
À dreito, la planèzo ount lous vents van treva,
Et vount n’oun veit pertout de clouchiés en prieiro

Qu’accàmpan à liurs peds, coumo de pouzinous
À l’entour d’uno clousso, un troupé de meisous.
À gaucho, s’es cava uno coumbo prigoundo

Ount lou Peui se souleilho, ount s’endert l’Emblavès,
Et vount Leire belhit coumo in d’oulos de foundo.
Amount, lou vieu Pagnat vò pas sarra sous ès.



Notes : javagnò : oiseau de proie ; jouca : nicher ; las bourros : les nuages ; sü (prononcez « chu ») = suc, mont volcanique caractéristique des horizons vellaves (le mot est passé en français régional : « un suc ») ; bé = bèl : « grand », et pas « beau » (qui se dit « gente ») ; pouzinou : petit poussin ; clousso : mère poule ; Pagnat : Polignac, dont on voit le château depuis la capitale vellave ; è : oeil.
Les rimes des quatrains permettent de constater qu’en vellave yssingelais, on ne prononce pas les –s du pluriel.



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Lou Lignou

Davàlis d’ès Mezenc, din Leire vas mouri.
Mas fas tant de ditours, cràgnis tant las drisseiros
Que, d’amount, lou miulard que gaitto lous pouzi
Crei vire de voulans ateiras per las peiros.

Coumo uno grosso ser que dert sous la bruéiro,
T’agroumis aou soulé dinc un leit bian garni
Vount l’auro ni lou frid ne te pòdan sazi.
En toun aiguo souven se sogno la bargeiro.

Lous peissous per tous gours se séguan en troupés.
Emb un riban d’argen ròdis tous veils chastés.
Quant t’agoutto l’eitiu, sias mas un riu que dert.

Pei, t’ivéilhis d’un cop. Et toun aiguo prigoundo
Qu’itqumo de coulèro et colo à pleno boundo
Lavouro lous rouchiés em sa rilho de fer.



Notes : d’ès : particule vellave qui marque l’origine de lieu, ex. « l’aigo d’ès la font », l’eau qui provient de la fontaine ; ditours, drisseiro, vire, frid : notez la réduction à « i » de la diphtongue « ei » ; se sougna : se regarder, et non « se soigner » ; itqumo : notez la tentative graphique pour figurer la palatalisation : en vellave yssingelais, on prononce « ityumo » ; rilho : soc de la charrue (rego> rejo> reio> riho, qui serait la graphie adéquate ici)

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