lundi 6 février 2012

S-A Peyre : Marsyas N° 377- ENTRE LA TAVERNE ET LA CITÉ DE DIEU - MISTRAL SANS FIN - 1961



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Textes choisis & transcrit par Ive Gourgaud
Décembre 2011

Peintures by courtesy from Paul Rinaldi
7, 12.1, 12.8, encaustic on panel,
2011-12





ENTRE LA TAVERNE ET LA CITÉ DE DIEU

[Marsyas, Mai 1961]




Que peu de temps suffit pour changer toutes choses !

(Encore un vers de Hugo, Hugo que l'on trouve partout où l'on arrive)
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Cela doit s'entendre non seulement dans le domaine de la nature et du coeur, mais aussi dans le domaine de l'Histoire, et d'autant plus que cette « accélération de l'Histoire » que Daniel Halévy a redécouverte après Michelet, est puissamment aidée par la révolte de l'esprit contre le déterminisme historique, dont Paul Valéry a été, sinon le premier, au moins le plus affirmatif négateur.
André Chamson, dans son Essai L'Homme contre l'Histoire, qui est une de ses grandes oeuvres, Rouxlebandit étant l'autre, (ce sont deux livres ineffaçables) nous a révélé l'attitude de Mistral devant l’Histoire. Cette adaptation mistralienne opposée au fanatisme maurrassien, à la rigidité factice barrésienne. (Je résume à grands traits ; il faudra revenir sur ces deux livres).
Peu importe que dans la réalité quotidienne le « petit bourgeois de Maillane » se soit accommodé plutôt d'opportunisme que d'évolution.
Homère a beau dormir quelquefois, son génie le réveille toujours.
Entre la définition fameuse : La politique est l'art de gouverner les hommes, et les petits vers satiriques de Mistral (Isclo d'Or) :

Dins la poulitico
Turno despoutico,
l'a que de capoun
E de cop de poung...


(Dans la politique, taverne despotique, il n'y a que fripons et que coups de poings), il existe un écart aussi grand et aussi ridicule qu'entre la grande musique et le mirliton, entre le poète Mistral et « l'homme populaire » M. Lassagne, maire de Gigognan. Mais cet écart n'est peutétre qu'apparent et ne nous paraît ridicule qu'à cause de la vulgarité de l'expression. M. Lassagne connaissait bien l'art de gouverner les hommes, au moins dans sa petite commune, et ses cajoleries aux électeurs sont préférables aux coquineries, aux violences. Seulement, la « politique » de M. Lassagne a presque ramené la Renaissance provençale au bord du néant d'où Mistral l'avait fait surgir, car la Provence lato sensu est plus grande que le village de Gigognan et était-ce bien la peine d'évoquer l'Empire du Soleil pour s'enliser dans le marécage félibréen ? Les grenouilles patoisantes et dialectales vivotent dans les miasmes du palus, en attendant d'être gobées par des échassiers hérétiques à bec rouge, ce qui est un retour, pour changer la métaphore, à la taverne despotique.
La Renaissance provençale, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire ici (1), après avoir été à la traîne de l'évolution historique sous sa forme la plus humaine, je veux dire sociale, risque maintenant d’être précipitée dans l'autre sens. Il semblerait en effet, d'une façon générale, que la politique accélère sa course vers les extrêmes, extrêmes qui se touchent, car quelle différence y atil entre une dictature de gauche et une dictature de droite ?
Qui nous rendra la juste mesure entre l'histoire processionnaire dont le cycle rappelle celui des chenilles de l'expérience de Fabre, qui tournèrent en rond jusqu'à épuisement, et cette tangente démentielle, cette fuite en avant qui participe à la fois du mirage et de la panique ?
Un esprit comme celui de Melchior de Voguë, capable de juger impartialement l'oeuvre de Zola, était pourtant encore encombré de traditions et de conventions ; et il n’y a peutêtre pas assez de sel dans le conservatisme pour empêcher le pourrissement. L'accélération de l'histoire est à la fois l'effet et la cause d'une accélération des idées, et cela va si vite que beaucoup se sentent dépassés et sont abasourdis d’entendre déclarer que le mal francoalgérien remonte à 130 ans ; il a suffi pourtant de moins d'un siècle pour nous enlever les parties les plus récentes de notre « empire colonial ».
Il est tout de même trop tôt encore peutêtre pour savoir si la paix règnera sur la planète par l'appréhension atomique ou par l'objection de conscience. Le nouveau Testament s'achève par l'Apocalypse, mais il commence par le commencement du christianisme. L'objection de conscience est peutêtre un tel commencement. La question reste posée : qui gagnera dans la course : l'Apocalypse ou la Bonne Nouvelle?
Ou bien les choses resterontelles peu ou prou ce qu'elles sont déjà ? La Cité de Dieu, la Jérusalem nouvelle, ne serait-elle pas trop payée au prix de l'Apocalypse ; et le statu quo, tout accéléré qu'il puisse être, paradoxalement, serait sans doute meilleur pour l'humanité ; ne pourraiton pas résumer l'histoire déterministe, l'histoire apocalyptique et l'histoire raisonnablement accélérée, en trois mots : involution, révolution, évolution ?

(1) Voir Marsyas, N° 272, Novembre 1949, p. 1547



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MISTRAL SANS FIN


[Marsyas, Juin 1961]

L'erreur de Mistral : « Car cantan que pèr vautre, o pastre e gènt di mas » (Car nous ne chantons que pour vous, ô pâtres et gens des mas)
qui faillit mettre toute son oeuvre en porteà-faux, n'est pas spécifiquement mistralienne. Ne la tenait-il pas de Béranger, et même de Lamartine, qui étaient alors très populaires, l'un par ses Chansons, l'autre au moins par un poème d'émotion : Le Lac, et sans doute une partie de son oeuvre en prose. Mais s'il a voulu, en effet, écrire des romans populaires, il n'a pas, que je sache, songé au peuple en écrivant ses poèmes. D'ailleurs Le Lac ne doitil pas sa vogue surtout à la musique (de Niedermeyer), comme aussi Les Chansons de Béranger ? La popularité de Béranger et de Lamartine, l'une égalant l'autre, ce qui nous étonne aujourd'hui, n'estelle pas due surtout à des causes politiques ? Si l'adolescent Mistral fut révolutionnaire en 1848, cette flamme dura moins qu'un feu de pâtre, ou que les feux de SaintJean des gens de mas. Et si le Félibrige ne fut jamais réellement populaire n'estce pas justement parce qu'il paraissait aller à contresens des idées politiques et sociales du temps ?
De toute façon, l'erreur commise par Mistral quant à la destination de son poème, est transcendée par le beau désir de mettre en gloire une langue méprisée. L'humble écolier du grand Homère ne se montrait pas réellement modeste en parlant d'une langue méprisée ! En effet, il ne s'agissait pas d'une langue mais d'un patois. Il est vrai que Mistral songeait aux troubadours, que l'on venait de remettre à la mode et qu'il croyait peutêtre, après six siècles d'éclipse, faire reparaître au soleil.
Si la chose n'est pas explicitement dite dans Mirèio, elle l'est dans Calendau. Mais Mistral, qui n'eut jamais le sens critique, pouvaitil voir combien était pâle, blafard, le soleil des troubadours, qui furent sans doute les catalyseurs nécessaires à la culture médiévale et non pas un de ses éléments essentiels ?
Même les laudateurs obstinés des troubadours, si on les met au pied de ce mur plat, « la poésie » des troubadours, finissent par dire : « Oui, mais il y a leur musique, et leurs oeuvres étaient faites pour être chantées ». Mettons alors que les troubadours étaient d'excellents musiciens mais de médiocres librettistes. Les vrais poètes qui ont consenti à livrer leurs oeuvres aux musiciens, n'étaient pas musiciens euxmêmes, et, quelquefois, avaient la musique en horreur. Mais ils offraient aux musiciens des oeuvres qui pouvaient déjà se suffire à ellesmêmes.
Mistral, dans l'intuition de son jeune génie, s'est comparé, à la fois modestement et orgueilleusement, au Grand Homère, alors que la plupart de ses glossateurs maintiennent encore qu'il est beaucoup plus virgilien qu'homérique. Certes, le latin a toujours, dans les humanités classiques, eu la préséance sur le grec et l'on trouve dans Mirèio beaucoup plus de réminiscences de Virgile et d'Horace que d’Homère ; mais nous n'y trouvons jamais cet ennui qui rend illisible la seconde partie de l'Enéide, et son didactisme est bien plus supportable que celui des Géorgiques. Il est vrai que l'Iliade est plutôt assommante et que c'est Virgile qui a dans la première partie de l'Enéide réussi la fin de l'Iliade. Le véritable chefd'oeuvre d'Homère, c'est l'Odyssée et c'est dans la lumière familière de l'Odyssée qu'il faut voir la filiation d'Homère à Mistral.
L'instinct de Mistral lui a donc révélé cela d'emblée et le génie a fait le reste, en transcendant (à la manière du génie) et non pas en catalysant à la façon des troubadours, des éléments souvent disparates et quelquefois médiocres. On pourrait même dire que la plupart des éléments de culture que les troubadours ont catalysés étaient supérieurs à certains éléments utilisés par Mistral.
Léon Teissier qui, avec une ferveur mistralienne et une attention bénédictine, est l'un des plus subtils glossateurs de la Renaissance provençale, a regardé de près le cahier où le jeune Mistral, en 1851, avait commencé à colliger les proverbes provençaux (1).
Il nous rappelle d'abord que Salomon composa trois mille proverbes...
Il semblerait qu'il n'existe pas, au moins pour le provençal, de recueils de proverbes complets, et bien ordonnés. Il est heureux que le jeune Mistral ne se soit pas attardé trop longtemps à colliger des proverbes... Il n'était déjà que trop enclin au folklore par l'éducation maternelle et l'entourage rural, et ses« humanités » ont peutêtre été un peu courtes.


Léon Teissier cite les deux lettres à Roumanille dont voici l'essentiel. La première que l'on nous a fort ressassée est du 18 août 1847, le jour du baccalauréat :
« Je suis reçu ! que je suis content ! je vais travailler la terre ! voyezvous, je suis trop content ».
La seconde, que l'on ne citait guère jusqu'ici, expose à Roumanille deux ans après, le 2 août 1849 :
« Je prends goût à la vie intellectuelle et ce serait avec beaucoup de peine que je pourrais reprendre la vie des champs ; je serais esseulé, ennuyé, et, pour m’habituer, il faudrait m’abrutir ».
Je suppose que c’est par un lapsus ou une erreur d’impression que Léon Teissier ajoute : « SullyAndré Peyre en conclut que Mistral étudiant s'ennuyait ». Léon Teissier paraît me faire dire le contraire de ce que j'ai dit (2) et qui ressort du texte de la seconde lettre. De même, ce n'est pas seulement à cause d'une illustration de Tony Johannot que j'ai découvert, dans Don Quichotte, l'une des sources de Calendau, c'est non seulement à cause de cette gravure représentant la bergère Marcelle debout sur une roche, comme Estérelle apparaît à Calendal pour la première fois, mais surtout à cause du caractère même de Marcelle.
Revenons aux proverbes. L'attachement prolongé de Mistral au Folklore dont les proverbes sont l'un des principaux moyens d'expression, est quelquefois plus regrettable encore que les réminiscences de ses études latines.
Lamartine dans sa « méditation » sur Napoléon conclut :

Et vous, fléaux de Dieu, qui sait si le génie
Ne remplace point la vertu ?


Ne pourraiton dire aussi : « Grands poètes, qui sait si le génie ne remplace pas le sens critique et le goût ? »

On sent parfois le manque de l'un et de l'autre dans l'oeuvre de Mistral. N'estil pas regrettable que les proverbes, qu'il a retenus et utilisés jusqu'à les reproduire quelquefois tels quels dans ses poèmes, soient les plus communs, les plus vulgaires ? Pour ne citer qu'un exemple, il y a dans la pièce : Au pople nostre des Oulivado, ce quatrain :
Que ta visto dounc s'alargue,
Pople, sus toun païs dous,
Car se dis qu'un chin de pargue
Sus sa sueio n'en bat dous.

(Que ta vue s'élargisse donc, peuple, sur ton doux pays, car un chien de bergerie sur sa litière en bat deux).
Les deux derniers vers ne sont qu'un proverbe provençal, et ils comparent littéralement la Provence à un tas de fumier. Il est vrai que Mistral qui, sur la fin de sa vie, surveillait davantage ses traductions et transposait quelquefois, a mis litière pour sueio. Mais n'estce pas le texte provençal qui compte seul, et, quelles que soient les ressources de la sémantique, cette sueio est encore péjorative. Heureusement que le génie a toujours le dernier mot et non pas le folklore ; et Mistral a su parler de la Provence autrement qu'à l'aide de proverbes :

... Que i’ague quaucarèn
De plus dous que Prouvènço e qu’amour fugue rèn, 0 fraire dóu Miejour, leissas-lou dire en d'autre.

(Qu'il y ait quelque chose de plus doux que Provence et qu'amour ne soit rien, ô frères du Midi, laissezle dire à d'autres).

Empèri fantasti de la Prouvènço
Qu'emé toun noum soulet fas gau au mounde.

(Empire fantastique de la Provence qui avec ton nom seul fais joie au monde).
Le folklore mène à tout à condition d'en sortir, et le chant de Mirèio consacré au dépouillement des cocons dans la magnanerie est rédimé non pas par les châteaux des Baux et par les cours d'amour que Mistral fait évoquer invraisemblablement par des magnanarelles qui en ignoraient tout et qui, si le poète leur avait conté ces belles histoires, lui auraient peutêtre répondu comme la jeune fille de Fontvieille qu'il avait songé à épouser : « Quand nous serons mariés, vous n'écrirez plus ces bêtises d'almanach » ce chant, disje, est rédimé par la Chanson de Magali, tirée du thème folklorique des métamorphoses et transfigurée par l'inspiration d'un grand poète.
Les glossateurs de Mistral ont lu trop vite la dernière strophe de ce chant : « 0 lou bèu tèms que fai deforo » (0 le beau temps qu'il fait dehors) ; il fallait sortir de la magnanerie et de son relent folklorique, et on sait combien l’odeur d'une magnanerie est tenace.
Il y a un singulier proverbe provençal : « cerca la niue dins lis armàri » que Mistral dans le Tresor dóu Felibrige rend par « chercher midi à quatorze heures » ; cette transposition est décevante ; ce à quoi elle fait penser de mieux, c'est à une médiocre épigramme de Voltaire :

Inscription pour un cadran solaire :
Vous qui vivez dans ces demeures,
Etesvous bien ? Tenezvousy
Et n'allez pas chercher midi
À quatorze heures,

alors que les mots nuit et armoire font lever dans notre imagination des images de songe, transfigurées encore si nous nous laissions aller à penser qu'armàri armoire, n'est dans ce proverbe qu'une corruption phonétique de ermas, ou armàsi ce qui donnerait : « chercher la nuit dans les landes stériles », en visions crépusculaires, évocatrices de certains épisodes de Barbey d'Aurevilly.
Mais à cause de Mallarmé, nous pouvons nous contenter de l'armoire :

Le silence déjà funèbre d'une moire
Dispose plus qu'un pli seul sur le mobilier
Que doit un tassement du principal pilier
Précipiter avec le manque de mémoire.
Notre si vieil ébat triomphal du grimoire,
Hiéroglyphes dont s'exalte le millier
A propager de l'aile un frisson familier !
Enfouissez le moi plutôt dans une armoire.

C'est ainsi que Mallarmé rédime l'armoire, malgré la péjoration, comme il rédime le couloir :

La chambre ancienne de l'hoir
De main riche mais chu trophée

Ne serait pas même chauffée

S'il survenait par le couloir.

Façon mallarméenne d'être coppéen.


Mistral et Mallarmé se rencontrèrent aux jours de Tournon et d'Avignon ; mais Mallarmé admirait bien plus Mistral que ce que Mistral ne comprenait Mallarmé. Certains croient pourtant que s'il n'avait pas connu Mallarmé, Mistral n'aurait pas écrit Lou Pouèmo dóu Rose ou l'aurait songé autrement. Et nous voici soudain plongés non plus dans la sagesse populaire, mais dans le songe des poètes.


(1) Tirage à part du Folklore de France, No 54 de novembre- décembre 60 : Recueil de Proverbes provençaux de Frédéric Mistral 1851.
(2) Voir Mistral sans fin dans Marsyas, No 362, p. 2533.



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samedi 4 février 2012

S-A Peyre : Poésies - MARSYAS n° 376 & 377 de Mai et Juin 1961



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HOMMAGE À SULLY-ANDRÉ PEYRE



Textes mis en forme et notes : Ive Gourgaud - 2011

Peintures :
Katrin Keller - 2006


Nous avons regroupé ici les contributions provençales de S-A Peyre aux numéros 376 et 377 de Marsyas, datés de Mai et Juin 1961. Et nous commençons par un hommage poétique de Pèire MILLET, un des grands poètes de l’ Escolo de Marsyas :



À SULIANDRIÉU PEYRE

D'aquelo fisanço trouvado
Au mas di Souco e dis Amouro,
Que l'ai begudo coume l'aigo
Qu'aveno i ciprès peirenau,

Belèu que me n'en soubro encaro
Proun pèr li raro de l'estiéu
E vèire dins si lèio amaro
L'oumbro di pantai renadiéu.

L'óublide pas, aquelo douno,
Dins li camin que fan tira,
Mai sènso relàmbi moun double
Vers la niue aliuencho mi pas...

PÈIRE MILLET
[Marsyas, Mai 1961]

Traduction : A SULLYANDRÉ PEYRE

Cette confiance retrouvée au mas des Vignes et des Mûres, que j'ai bue comme l'eau qui sourd aux cyprès paternels, peutêtre qu'il m'en reste encore assez pour les limites de l'été, pour voir dans les amères avenues l'ombre des songes renaissants.
Je ne l'oublie pas, ce don, dans les difficiles chemins, mais sans répit mon double vers la nuit éloigne mes pas...

N.B. Mas di Souco e dis Amouro : S-A Peyre habitait le mas de Mûrevigne, à Aigues-Vives (Gard) I raro de l’estiéu : titre d’un recueil de P. Millet Sènso relàmbi : titre d’un recueil de G. Reboul, publié par S-A Peyre.


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Voici maintenant cinq poèmes de S-A Peyre lui-même, les trois premiers publiés en mai et les deux derniers en juin 1961 :

1. SUS LOU TRANQUILE VIGNARÉS...

Sus lou tranquile vignarés
Que s’amaduro pèr l'autouno,
Lou jour lou mai long que se douno
Saup pas coume vendemiarés.

La mort, que jamai tuiarés,
Vous espèro e vous acantouno.
0 mounde, ounte tout nous estouno,
Que faras se'n cop i’a plus res ?

Se li camin an plus de piado,
Se li vigno soun vendemiado
Que pèr la grelo e pèr lou vènt,

Se plus res daio ni rastello
Lis erbo, e se plus de jouvènt
Regardon mounta lis estello ?


Traduction : SUR LES VIGNES

Sur les vignes tranquilles qui mûrissent pour l'automne, le jour le plus long qui se donne ne sait ce que vos vendanges seront. La mort, que vous ne tuerez point, vous attend et vous réduit. 0 monde, dont tout nous étonne, que ferastu lorsqu'il n'y aura plus personne ? Si les chemins n'ont plus de trace, si les vignes ne sont vendangées que par la grêle et par le vent, si nul ne fauche et ne ratelle les herbes, et si nulle jeunesse ne regarde monter les étoiles ?


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2. LA PROUMIERO ...

La proumiero qu'es vengudo
A pausa sus toun lindau
Uno caio qu'a tengudo
Au trelus dins la tousello.

La segoundo qu'es vengudo
A pausa sus toun lindau
De roso à peno tengudo
D'uno lìo de tousello.

La tresenco qu'es vengudo
A pausa sus toun lindau
Uno pèiro qu'a tengudo
Sus’n restouble de tousello.


Traduction : LA PREMIERE... La première qui est venue a posé sur ton seuil une caille qu’elle a prise à l'aurore sur le froment. La seconde qui est venue a posé sur ton seuil des roses à peine prises d'un lien de froment. La troisième qui est venue a posé sur ton seuil une pierre qu'elle a prise sur un chaume de froment.

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3. LI MANOBRO ...


Li manobro fasien Guihaume
Emé li pèiro pèr l’oustau ;
Mai que lou mèstrod'obro chaume,

La bastisso pren gaire d'aut.


Deja plòu sus li foundamento,

E i’aura jamai de téulat ;

Sus l’espèro e sus la memento

Lou cèu desert s'es estela.


Traduction : LES MANOEUVRES... Les manoeuvres se passent les pierres pour la maison qu'on doit bâtir ; mais si le maîtred’oeuvre chôme, les murs ne s'élèveront pas. Il pleut dans les fondations, il n'y aura point de toiture ; et sur l'espoir et la mémoire le ciel désert s'est étoilé.


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4. AVAU DINS LA COUMBO ...

Avau dins la coumbo

L'amour s'es perdu.

L'estello que toumbo,
Saupre s'es pèr tu ?

Alin sus la colo
Mounto lou soulèu,
L'aucèu que s'envolo

Te cerco belèu.


Au mitan dis aubre

Vous sias rescountra.
De ferre o de maubre,
Lou destin es tra.



Traduction : AU FOND DE LA COMBE
Au fond de la combe l'amour s’est perdu. L'étoile qui tombe estelle pour toi ?
Là haut sur la colline monte le soleil. L'oiseau qui s'envole te cherche peutêtre.
Au milieu des arbres vous vous êtes rencontrés. De fer ou de marbre, le sort est jeté.

N.B. La revue littéraire provençale L’Astrado avait édité une belle carte postale avec le texte de ce poème.

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5. L'ENFANT PANTAIO ...

L'enfant pantaio sèns memòri
'Mé belèu quauco proufecìo ;
Pièi à la fin de soun istòri
Tout se coungreio sout li ciho,

E l’ome vèi dins soun vieiounge
La longo enfanço imaginado,
E de la bro vasto di sounge
La séuvo eterno es ensignado.


Traduction : L'ENFANT RÊVE ...
L'enfant rêve encor sans mémoire, mais non sans quelque prophétie puis à la fin de son histoire tout se suscite dans ses yeux, et l'homme voit, dans sa vieillesse, la longue enfance imaginée ; la lisière vaste des songes lui enseigne la forêt éternelle.



N.B. Le thème de l’enfance est une des clés majeures pour la compréhension de la personnalité poétique de S-A Peyre


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jeudi 2 février 2012

Peireto Berengier : Jan Daniel Bezsonoff - La melancolia dels oficials

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La melancolia dels oficials



L’autour, Jan Daniel Bezsonoff, nous es bèn couneigu, éu qu’a publica noumbre de rouman que n’avèn presenta aqui. Lou darrié que n’avèn parla « Els taxistes del tsar » countavo sis óurigino mesclado russo-catalano. Vuei, emé « La melancolia dels oficials » nous baio un rouman di pas ourdinàri.

Jan Daniel Bezsonoff, que neissiguè en 1963, nous parlo de la guerro d’Algerìo coume se l’avié facho e se leissarian prene à-n-un rouman autoubiougrafi se noun avian verifica la dato (Verai que soun paire ié participè coume medecin de l’armado ; a dounc pousa à bono sourço).

Aquel autour neissiguè à Pounteia, en Roussihoun e fuguè dounc fourma à la franceso. Es bèn plus tard, à l’universita catalano de Prado, qu’espeliguè un segound cop e se devinè catalan. Venguè alor escrivan catalan e escrivan catalan de trìo. Après d’estùdi dins lis escolo frachimando fin qu’à l’universita de Sofia Antipolis, à Niço faguè proufessour certificat de letro franceso dins noumbre de licèu de Paris à Cano e Niço, avans de veni proufessour certificat de catalan e d’ensigna, vuei, à Perpignan.

Aquéu nouvèu rouman, seguido de « La presonera d'Alger », torno prene la formo autoubiougrafico que s’entrais talamen bèn à soun estile di fraso courto, rapido, preciso e souvènt pivelanto pèr soun irounìo e sa pouësìo mesclado. Dificile de resta indiferènt quouro legissès lou retra de Stobinski que tóuti li masco s’èron clinado sus soun brès :

« Una li havia regala la calvície als vint anys ; la segona la pell colrada couma una gambarota mig cuita ; l’altra el mentó fofo. La bruixa més cruel li havia ofert els ulls. Uns ulls blaus, inquietants com l’infinitament petit, infinitament petit com el seu cervell. Uns ulls on no filtrava cap sentiment humà, ni els més sordids. Res. La buidor intersideral. Amb aquests ulls de vedell trepanat, […] e plus liuen La iguana els havia njectat del sèu verí. Mes que a una iguana potser, en Stobinski retirava a una balena encallada en una platja d’Austràlia. »

D’aiours aquéu persounage soulet, se n’en pourrié tira un gros rouman…

Es dins aquel estile, pintouresc que Jan-Daniel Bezsonoff nous permeno de Tanger à Paris, de Kœnisberg à Alger en passant de Saïgon e en nous fasèn vesita tout acò coume un guide amourous de cade endré. Tout acò pèr nous faire reviéure la vido di sóudat d’Indouchino o dóu tèms de la guerro d’Algerìo. Poun de visto d’un sóudat liuen de la pensado pouliticamen courrèito, sènso tabou e sènso pòu de desacralisa…

Un rouman que mesclo l’istòri d’amour à la guerro, à l’armado e à l’espiounage lou mai destimbourla e dounc lou mai vertadié. Mai un rouman pivelant coume aquelo poulido fraso ounte, pèr enfeta Jan-Pau Sartre, nous dis que lou vòu atapa de tout ço que Sartre ahissié lou mai : « El cobriria de roses, amb perfums de lavanda, i l’obligaria a escotar sonates de Beetoven o versos de Mistral, un vespre d’estiu, quan el sol plora perquè deixa la Provenço per tota una nit. » !


Peireto Berengier


« La melancolia dels oficials » de Jan Daniel Bezsonoff, 141 p., 15x13, edicioun Empúries, Barcilouno.

lundi 30 janvier 2012

Peireto Berengier : Gastoun Febus - Prince dóu soulèu - museon de Cluny

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Gastoun Febus - Prince dóu soulèu



Se li museon soun noumbrous à Paris, n’i’a un que l’ame miés que tóuti : es lou museon de Cluny emé si couleicioun naciounalo de l’Age-mejan e si famóusi tapissarié de la « Damo de l’unicorno ». Enca miés, es un di rare que ié fau pas planta davans dos ouro de tèms pèr ié pousqué rintra… Aquest an, chabènço de mai, anounciavon uno espousicioun « Gaston-Fébus – Prince du soleil ».


Gastoun Febus (1331 – 1091) èro comte de Fouich, vicomte de Biarn, un prince pirenen que fuguè toujour à despart dis autre dóu tèms de la guerro de cènt an, fin pouliti e parteja qu’èro de longo entre Franço e Anglo-terro. Forço independènt, tenié un role estrategi dins la poulitico e li guerro d’aquelo pountanado. L’espousicioun lou bouto à ravi dins soun countèste istouri e pouliti.
Guerrié que guerrié, èro mai que mai un mecenas di mai alargant. Fasié tout pèr sa glòri e lou renoum de sa cour di mai poumpouso.

Aquesto espousicioun mostro dounc ço que fasié lou pivelant d’aquelo persounalita mesclado e legendàri e esplico tout ço qu’aduguè à l’Istòri. Presènto la vido e la famiho de Gastoun Febus emé de pergamin espetaclous emé si riban e si sagèu que n’en restan en badant. Dirai simplamen aquelo letro dóu Prince Negre à G. Febus vo aquelo de G. Febus à Jean III d’Armagnac, signado de sa man que Febus fuguè un di proumié de signa de soun noum pulèu que de metre un sagèu.
Ié vesèn peréu d’eisino de la « taulo de Gastoun Febus » em’uno eiguiero que fai lingueto e mai que mai lou famous « Libre de la casso ».

Gastoun Febus, prince letru e biblioufile, èro tambèn cassaire e nous a leissa un « Libre de la casso » qu’avié escri pèr soun fiéu, un cap d’obro coume tóuti lis oubrage e manuscrit d’aquéu tèms emé sis enluminuro requisto. L’espousicioun nous permet de remira lis oubrage mai ancian que l’ispirèron e que venguèsson de Sicilo o d’Europo dóu Nord.

Aqueste libre, touto uno salo i’es dedicado e, coume poudien pas moustra cado pajo, n’an fa uno video que passo sènso relàmbi e debano tóuti lis ilustracioun emé li citacioun que se i’entrason. Un vertadié moumen de bonur.
Uno espousicioun belèu un pau courto mai pleno d’ensignamen e d’emoucioun.



Peireto Berengier


Aquesto espousicioun (28 de nouvèmbre de 2011 – 5 de mars de 2012) sara pièi seguido d’uno segoundo partido coumplementàri, au castèu de Pau, dóu 17 de mars au 17 de mai de 2012



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samedi 28 janvier 2012

J.E. Castelnau : BRINDE A L'AMISTAT - TOAST A L'AMITIÉ - 1896

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Michel REYES
Béziers
2001




BRINDE A L'AMISTAT
A LA SOUCIETAT ARTISTICA DE BEZIÈS

Quand on a prou culit de flou, de frucb, de rama;
Quand on a près soun van en touta libertat;
Quand pèr l'amour, lou bèu e la patria flama,
On a fach ressoundi sa lira embé fiertat;

Couma un gai troubadou que canta pèr sa dama,
Couma lou meissounié sus sa garba de blat,
En poumpant lou soulàs après l'obra qu'afama,
On n'a pas pus qu'à traire un brinde àl'amistat.

Es dounc ce que vau faire en aquesta sesiha
Pèr célébra bèn aut la santa pouesïa,
Las damas de Beziès qu'an au cor tant de mèu,

Lous ostes agradiéus, mascles de bella mena,
Que la Soucietat artistica semena,
E que ma remembrança estaca à soun ramèu !


Lou 9 de Mai de 1896

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TOAST A L'AMITIÉ
A LA SOCIETE ARTISTIQUE DE BEZIERS



Quand on a assez cueilli de fleurs, de fruits, de feuilles ;
— quand on a pris son essor en toute liberté ;

— quand pour l'amour, le beau et la patrie admirable,
on a fait retentir sa lyre avec fierté;

Comme un gai troubadour qui chante pour sa dame,

—: comme le moissonneur sur sa gerbe de blé
— en
puisant le repos après l'oeuvre qui affame,
— on n'a
qu'à porter un toast à l'amitié.

C'est ce que je vais faire en cette assemblée
— pour
célébrer bien haut la sainte poésie,
— les dames de
Béziers qui ont au coeur tant de miel,

Les hôtes gracieux, hommes de belle race,
— que
la Société artistique propage
— et que mon souvenir
attache à son rameau
!


Le 9 mai 1886


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jeudi 26 janvier 2012

Joan-Daniel Bezsonoff : Seitarisme - sectarisme !!!

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Picabia
« Jeune femme avec fleurs »




Seitarisme



Lou leissicougrafe Alan Rey, couourdinatour di diciounàri Robert, es forço couneigu en Franço. Fai quàuquis an, intervenié cade matin sus France-Inter. Liogo de disserta sus de poun interessant de la lengo franceso amavo miés de coumenta l’atualita emé de tapadouiro marsisto. La vèio de Calèndo, aguère lou nescige de croumpa soun darrié libre dóu titre que fai lingueto « Dictionnaire amoureux des dictionnaires ». A l'article dedica au Tresor dóu Felibrige, lou grand diciounàri de Mistral que, cènt an plus tard, rèsto lou meiour diciounàri de lengo d’O, lou segne Rey escriéu : « Malgré ses penchants maurrassiens, que je mets sur le compte d'un amour démesuré de la Provence, j'aime Mistral, plus que pour ses poèmes, “ Nerto “, “ Lou Pouèmo dóu Rose“ (le Rhône), ou encore “ Lis óulivado “, pour avoir incarné la volonté d'exister de la langue provençale malmenée par le français. » (p. 685) .

Quand lou segne Rey parlo dóu feble de Frederi Mistral pèr Carle Maurras, acò m’enrabio. Queto relacioun i’a entre aqueste diciounàri e lis idèio poulitico de Mistral ?
Lou segne Rey saup pas que Mistral mouriguè en 1914, vinto-sièis an avans l’óucupacioun alemando ?
Lou segne Rey saup pas qu’uno germanoufoufoubìo coustanto bagno touto l’obro de Carle maurras ? Lis inteleituau de la gaucho franceso ié fan reproche d’agué rejoun lou regime dóu marescau Pétain. D’acord, pamens que me fagon la grando favour de m’esplica queto relacioun i’a entre lou diciounàri de Frederi Mistral e l’ideau pouliti de Carle Maurras ?
L’autour de « Mirèio » èro un ome counservatour, un « mantenèire », pamens s’afouguè jamai de ges de counflit pouliti. Sèmpre disié à sis entreparlaire « As rasoun ». D’aiours, se saup qu’en 1907, quand Pèire Devoluy lou supliquè de participa i manifestacioun di vigneiroun dóu Miejour, lou grand pouèto diguè de noun. Maca, Devoluy coumentè : « Ai vist Calendau renega pèr soun paire ». Alan Rey coustituïs un eisèmple proun carateristi dis inteleituau francés de vuei.

Quand parlon, d’asard, d’un autour que s’entrais pas à sis idèio, dèvon mouli lou toun, afin que li poscon pas acusa pièi de coumpliceta emé la bèsti inmoundo. Acò’s un gènre literàri nouvèu, uno formo mouderno de l’aleissandrinisme.

Joan-Daniel Bezsonoff


Article pareigu en catalan dins « E-notícies » - (Traduction Pierrette Bérengier)

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mardi 24 janvier 2012

Òscar Banegas Garrido : La storia di Jacob Xalabín - Anònim

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Anònim, La storia di Jacob Xalabín,

edició crítica i traducció italiana
d’Anna Maria Compagna;
introducció de Núria Puigdevall i Bafaluy



L’inici de l’any 2011 ens va portar una nova edició crítica i bilingüe de l’anònima novel·la cavalleresca del segle XIV La història de Jacob Xalabín. Anna Maria Compagna, professora de llengua i literatura catalanes i de filologia romànica de la Universitat de Nàpols-Frederic II, se n’ha encarregat de l’estudi i de la traducció a l’italià, mentre que Núria Puigdevall i Bafaluy, de la mateixa universitat i de la també napolitana Suor Orsola Benincasa, n’ha tingut cura de la detallada però sobretot aclaridora introducció crítica.
La novel·la constitueix un relat breu d’aventures en què allò més destacat és la versemblança dels fets narrats. La presència de personatges reals que van existir, com ara el mateix Jacob Xalabín, el seu germanastre, el seu pare Murat i l’amic Alí Paixà, allunya aquesta obra de la tradició de llibres de cavalleria (no solament en llengua castellana) que es remuntaven a la matèria de Bretanya artúrica i que recreaven un món màgic molt poc creïble ja per al lector del moment. Aquest intent de l’anònim autor de fer més verídic allò que hi conta a través de l’aparició de persones de carn i ossos el porta també a situar l’acció en un espai existent, l’imperi otomà de final del segle XIV. Però que l’obra narre una sèrie d’esdeveniments que històricament van tenir lloc a Turquia entre 1387 i 1389 no significa que l’hàgem d’enquadrar en el gènere de la novel·la històrica, entre moltes altres raons perquè els fets històrics no són, precisament, del tot fidels, i això ens dóna dret a sospitar que l’obra no va ser escrita a final del XIV, sinó posteriorment. De fet, l’únic manuscrit que se’n conserva és de l’últim quart del segle XV. Això sí, no podem negar l’intent del desconegut autor, al nostre parer reeixit, de posar a l’abast del públic lector, d’una banda, una històriaque prèviament va circular oralment, i, d’altra banda, un món absolutament exòtic, si més no interessant, agradós i divertit, a ulls del receptor occidental: la Mediterrània oriental.

En la novel·la trobem tres grans accions que corresponen amb tres grans moments. En primer lloc hi ha la presentació dels personatges i la malaltia d’amor de la madrastra de Jacob, que segons un metge jueu només guarirà si menja el fetge del seu marit o del seu fillastre. Mitjançant l’engany preparat pel fidel amic Paixà, li donen el fetge d’una cérvola i és així com té lloc la salvació de l’heroi. Aquest trencament de l’ordre inicial respon plenament a l’estructura del conte folklòric. Com a conseqüència d’això, el protagonista inicia un procés de pelegrinatge amb Alí que constitueix una mena de redreçament o de tornada al punt de partida. Xalabín i Paixà, al llarg d’aquesta fugida, aconsegueixen assolir el reconeixement dels seus fets cavallerescos i, el que és més important, en el cas de Jacob, la consecució de l’amor, simbolitzada en el matrimoni amb la princesa Nerguis. Aquest seria el millor dels finals, però l’obra no ha acabat encara. Hi ha tres capítols més, el tercer moment de què parlàvem, en què l’anònim autor narra la batalla de Kosovo (1389) i la mort de Jacob a mans del seu germanastre, el príncep Baiazet.

És en aquesta cruïlla entre història i literatura que la novel·la esdevé més actual si cap, perquè la victòria dels turcs en l’esmentada batalla comportà la seua entrada a la zona dels actuals Balcans i són la gènesi dels conflictes que fins fa relativament poc s’hi produïen per raons d’ètnia i de religió. Allò que sorprén, però, és l’extraordinari coneixement de política i geografia turques que tenia l’anònim autor, de qui, per cert, sabem ben poca cosa, però precisament aquesta escassesa de dades sobre la seua figura o sobre la intencionalitat amb què va escriure l’obra, com ha fet notar Llúcia Martín, professora de literatura catalana medieval de la Universitat d’Alacant, no fa sinó augmentar, en tot cas, l’interés per aquest text cabdal, i alhora, bastant desconegut (malauradament) de les nostres lletres medievals.

Heus ací La història de Jacob Xalabín, la primera novel·la breu cavalleresca en català, amb una temàtica d’aventures i sentimental que la connecten, sens dubte, amb el Curial e Güelfa i el Tirant lo Blanc; una novel·la híbrida, plena d’elements i de concomitàncies amb altres gèneres i amb un deute evident amb les cròniques de Ramon Muntaner i de Bernat Desclot, però també amb un altre tipus de textos cronístics de caràcter oriental. I una novel·la, sobretot, versemblant, que rebutja la fantasia i cerca el realisme i, fins i tot, el detallisme.
Des que l’hispanista francés Raymond Foulché-Delbosc publicara per primera vegada la Istòria de Jacob Xalabín per a la Societat Catalana de Bibliòfils de Barcelona l’any 1906 fins a l’edició de Stefano Maria Cingolani per a Edicions 62 del 2008, sense deixar de costat la valuosa contribució de Lola Badia de l’any 1982 (amb successives reedicions), han passat més de cent anys i el Jacob Xalabín, com és conegut entre els estudiosos però també per l’alumnat, ha estat publicat diverses vegades en català i també, recentment, en castellà i en francés. Aquesta aportació des de Nàpols segueix ben de prop els treballs anteriors i es converteix en la tercera llengua a què és traduït aquest referent de la literatura romànica.

Posar a l’abast del públic italià aquesta obra mestra de la nostra literatura i, a més a més, fer-ho amb un resultat final de l’extraordinària qualitat de la introducció, l’edició crítica i la traducció que ens presenten aquestes dues professores de les universitats napolitanes ens sembla, com a mínim, merescudament destacable. Perquè, d’una banda, la part teòrica introductòria a cura de Núria Puigdevall constitueix una bona síntesi, molt didàctica, no solament de l’argument de l’obra i, per consegüent, de la història turca, sinó també d’aspectes com ara el gènere, la temàtica, l’estructura, la llengua i l’estil que pot resultar ben interessant al lector en llengua italiana. I, d’altra banda, el treball crític i traductològic fet per Anna Maria Compagna és, com en el cas de l’edició i la traducció italiana de La faula de Guillem de Torroella que publicà el 2004, acurat, fidedigne, objectiu, exigent i reeixit, amb les notes explicatives oportunes i al servei de les pretensions literàries del text. Així, doncs, estem davant no solament d’una traducció, sinó també d’una nova edició filològica de La història de Jacob Xalabín que constitueix, sens dubte, una contribució més en l’estudi i la difusió d’aquesta poc coneguda obra del nostre gran període d’esplendor, per descomptat que també literari.

Gràcies a l’ajut que l’àrea de Literatura i Pensament de l’Institut Ramon Llull atorga per a la traducció d’obres catalanes a altres llengües, aquesta història arribarà a les mans dels lectors italians i estem convençuts que el descobriment d’aquesta barreja d’elements occidentals i orientals en un mateix text els encisarà i els animarà a continuar redescobrint més autors i més obres del nostre patrimoni literari, traduïts o directament en la llengua original, la germana (o millor, la bessona) catalana.

Buona lettura!

Òscar Banegas Garrido
(Universitat de Bolonya)



Anònim, La storia di Jacob Xalabín, edició crítica i traducció italiana d’Anna Maria Compagna; introducció de Núria Puigdevall i Bafaluy,
Alessandria, Edizioni dell’Orso (“Gli Orsatti” 32), 2010, 179 pp.

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