jeudi 19 novembre 2009

Communiqué du Clu en Ceveno

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La FIERTA CEVENOLO est le regroupement d’associations, de communes et autres collectivités locales, d’élus et de particuliers qui ont à cœur d’affirmer la personnalité cévenole dans tous les domaines, et en particulier d’œuvrer pour la reconnaissance de notre langue territoriale cévenole, qu’on ne peut assimiler ni à du provençal, ni à du languedocien ni à de l’occitan.

L’association Lou Clu d’Aigremont qui œuvre à la maintenance, la transmission et le rayonnement des langues et parlers de notre région est membre fondateur de la Fierta Cevenolo.

Elle organise une après-midi et soirée consacrées à notre pays des Cévennes, sa langue, sa littérature, son identité avec une exposition, des causeries, des contes et galejados, des chansons et avec, en point d’orgue, un repas en commun tiré du sac.

Cette vesprado rendra hommage au Felibre Jan Castagno né il y a 150 ans à La Vabreille, avec la participation du Comité d’Animation de ce hameau de la commune de St-Martin de Valgalgues.

Elle aura lieu le Samedi 21 Novembre, à partir de 15h. au foyer G.Brassens à Domessargues.

Contact : 04-66-83-45-46 ou 04-66-83-84-41 ou 04-66-56-64-69

mail : clu@live.fr

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mercredi 18 novembre 2009

IVAN PRANISHNIKOFF par Lou M. De BARONCELLI-JAVON - 1912

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IVAN PRANISHNIKOFF (voir l'Hommage rendu dans tradiciuon.org) pour se souvenir 100 ans après ( & quelques mois) de ce grand russe de Provence & de Camargo, une poésie ou plutot un sonnet du plus grand des camarguais "lous Marques" à la gloire d'un de ces grands émigrés, mais surtout d'un grand humaniste défenseur des causes perdues & il médiatisa le génocide des indiens d'Amérique.


Un de ses paysages camarguais

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PÉR IVAN PRANISHNIKOFF

O tu que, davalant de là blanco Russio,
Ivan, te-sies pausa coume lou ciéune auben
Sus lou sou prouvençau, chausissènt pèr famiho
Lou popledi Gardian, long di clas camarguen ;

O tu qu'as entela touto la pouësio
E la lus dou Désert, malanconi e seren
Dins soun mudige sant e dins soun armounio ;
Qu'as parla nosto lengo en fiéu de bon santen ;

Qu'abila à maneja nosti mounturo lèsto
Autant que ti pincèu, as courseja de biou
E'n groupe carreja de bèlli chato à vou,

Iéu aùbourè moun ferre, au-jour-d'uei.sus ma tèsto,
Très cop, à toun ounour, en fàci di Gardian,
Di Santo,-dou Soulèu e de Prouvènço, Ivan !



M. De BARONCELLI-JAVON.
I Santo. 8 de Setèmbre de 1912



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samedi 14 novembre 2009

Blanc de Poussan (Hérault) - Patois de Sète - 1856

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Bien curieux que ce texte en graphie "naturelle" de cet auteur presque "inconnu".

L'Oïdium fut l'une des peste de la culture de la vigne au XIX ème siècle, voilà une imprécation quasi-mystique sur ce problème. L'on sent bien dans ses propos, une société encore très soumise à la "peur" du lendemain, à la tragédie naturelle latente, une dévotion demandant la protection.
Ce sentiment est sociologiquement intéressant, il contraste avec les attitudes & les idées qui suivirent la seconde guerre mondiale dans ce que je me plait à nommer, la "civilisation languedocienne du vin".


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Mas réflexious
Sus l'Oïdion é sa guérisou,

Dédiadas à Moussu é Madama OLIVIER dé SERRAS




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L'Oïdioun és una pesta,
Qu'aouriez beou vous coupa la testa,
Que ly perdriez votré lati ;
D'aou secret voudré lou guéri,
Aquél maoù nous ven dé la terra
Amay que siegué nostrà mèra,
Sé boou pas nous fayré pati,
Boou pas que bùguén pus dé by ,
Mes, és Dioû que ya dounat l'òrdré
Perqué serquan trop lou désordré,
E nés que lous perturbatous,
Que nous caoiusou tant dé douious,
S'éntré naoutrés aven la guerra ,
Guara baoutrés poumas dé terra.
Bous culirén avan lou tén,
Per nous léva d'aou patimén ;
Lous bons pàgan per lous coupablés :
Dé qué nous caousas misérables !
Aoussi Bacchus vén furieux,
Ya que Mahoumét dé chouyoux,
A dis déchà, sé dura gayré,
Dé prousélytas bay mé fayré,
Citoyens dé ma natioun,
Baniguén la dissansioun,
Touvarcn un grand avantaché
S'un chacun nous fasen pus saché,
Nostré Dioù és coùmpatissén,
Démanda que lou répenten,
Saven qu'és ràmplit d'indulchénsa,
Méten-nous à la peniténsa,
Apres veyren la guérisou,
D'aquel champignoun maoufatou.


Poussan
1856



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jeudi 12 novembre 2009

Fernand MOUTET sur Th. Aubanel : La Miougrano Entreduberto (Le Gabian - 1960 - extrait)

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Allégorie de la simulation
Lorenzo Lippi


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L'ANNEE 1960 aura été l'année de la Miougrano Entreduberto. Voilà 100 ans, en effet, que paraissait cette œuvre. On en compte peu qui aient été, et soient encore, aussi controversées que celle-là. Pour le gros public, c'est une belle histoire d'amour, et on sait du reste que rien ne frappe l'imagination populaire, en quelque pays que ce soit, comme l'histoire d'un amour malheureux ; Laure et Pétrarque, Manon et Des Grieux, Vincent et Mireille, Aubanel et Zani, la brune avignonnaise qui, brisant le cœur de son poète, alla s'ensevelir dans un couvent. Pour les lettrés, leur position est souvent plus ambiguë. Réticence chez les uns, qui trouvent cette aventure un peu mince, bruyante admiration chez quelques autres qui, en mettant sur un piédestal le poète de la Grenade, ne sont pas fâchés d'en faire choir, pensent-ils, la statue un peu encombrante de Mistral.

A voir les choses comme elles sont, il faut avouer que les faiblesses d'Aubanel nous apparaissent, aujourd'hui, assez cruellement, que ces lamentations sur d'impossibles amours nous semblent rejoindre celles que, luth en moins, Musset multipliait pour nous, au temps lointain de notre rêveuse adolescence. Confessions un peu naïves, émaillées de platitudes qui prêtent quelquefois à sourire :

« E vène maigre, e me transisse,
E ma sorre me dis — « De qu'as ? »

II y aurait quelque mauvaise foi à ironiser - là-dessus, de même qu'il serait trop facile de citer, en appuyant sur son comique involontaire le trop fameux conte de la « coucourdette ». Après tout, on dénicherait quelques mauvais vers, pour ne pas dire plus, dans l'œuvre d'un Racine. Et pour ce qui est de l'ingénuité, n'oublions pas que les écrits de cette époque étaient souvent conformes à une morale très bourgeoise. Baudelaire et Flaubert avaient appris à leurs dépens, en 1857, qu'on ne pouvait s'en jouer impunément. Et que dire de ces chansons plus récentes où le brave Charloun, nous montrant des jeunes gens en train de danser, la main sur l'épaule, sous les yeux des parents, se donnait tant de mal pour nous laisser entendre que le ciel n'était pas plus pur que le fond de son cœur ? Évidemment, nous sommes loin du Gorille et juger comme il convient de la Grenade Entrouverte demande une certaine imagination.

Ces petites scories balayées, puisque une étude se devait, si hâtive fût-elle, de commencer par quelques réserves, il reste que ce recueil, qu'on le veuille ou non, est peut-être plus complexe qu'on ne l'a cru longtemps. Nous savons aujourd'hui qu'un écrit aveuglément clair mérite rarement d'être relu. Nous ne nous proposons pas de prôner ici ces esthètes qui se veulent, par principe, obscurs comme le Sphynx des Batignolles, ainsi que Leconte de Lisle avait surnommé le poète d'Igitur, mais il nous parait incontestable que, dans une œuvre riche, on trouve presque toujours, entre les lignes du texte, ces filigranes mystérieux qu'on n'y discerne pas a ta première lecture, et où se dessine, à son insu probablement, la personnalité profonde d'un poète. Et dans le livre de l'Amour comme — dans l'Entre-lueur, nous voyons autre chose que les larmes qu'à fait couler la pure et inexorable Zani.

Nous sentons tout un drame, qui a été sans doute signalé maintes fois. Il s'agit du conflit qui opposait dans le cœur d'Aubanel une vieille éducation chrétienne, et son goût de la vie et de la beauté. On nous objectera que cette dualité n'est pas irréductible et qu'un bon chrétien peut être un bon vivant. C'est certain mais, pour Aubanel, cette dualité a cruellement existé et on imagine le brave homme — pris au piège, dirait Cocteau — entre les exigences de la religion et celles d'une sensualité qu'il faut bien appeler païenne.

« Franc de purgatori,
O Sant crucifis,
Baio-nous la glòri
De toun paradis ! »

Voilà ce qu'on lit dans la Grenade, cependant que le poète, un peu plus tard, devait consacrer à la Vénus d'Arles un poème qui, pour ne pas rallier, lui non plus, tous les suffrages, n'en est pas moins révélateur.

« Siés bello, ô Venus d'Arle, à faire veni fòu...
Se vèi que siés divesso e fiho dôu cèu blu...
E vaqui perqué t'ame-e ta bèuta m'engano —
E perqué, iéu crestian, te cante, ô grand pagano ! »

Vénus d'Arles

Toujours le même souci de se justifier. En somme, un aspect vaguement baudelairien, avec — avouons-le — quelque chose en moins : les grands éclairs dans le ciel noir.
Une chose encore qui nous paraît à signaler, c'est le goût que le poète a toujours manifesté pour la beauté, et surtout, nonobstant toutes ces strophes où nous voyons se déchaîner les bourreaux du roi Hérode, le sens de la beauté grecque. Un chrétien! tourmenté, certes, mais capable, en même temps, d'entonner à la gloire du corps féminin, « qui tant est tendre », un hymne victorieux.
Nous ne pensons pas que l'ancêtre grec, le capitaine qui portait la cuirasse, soit à évoquer ici : ou fond, ce monde méridional, même quand il se réclame du christianisme, est grec en diable.
Il faudrait multiplier les citations, et on verrait apparaître la parenté qui unit à celles des Épigrammes Amoureuses le poète de l'Entre-Lueur. « J'ai ses seins dans mes mains, ses lèvres dans mes lèvres et, dans la rage de ma frénésie, je dévore son cou blanc lumineux ». Ce texte est de Paul le Silentiaire ; nul doute que le chantre de la Vénus d'Arles s'y trouverait chez lui.
Veut-on d'autres exemples ? En voici :

« Emé soun jougne prim e sa raubo de lano

Couleur de lo miôugrano... »
« Que sa tèsto èro bello, aqui, sous moun espalo,
Dins si long peu negado e penjant tout polo !»

Et ceci, qui résume tout Théocrite :

« Dourmi sènso pantai, au mitan di troupèu,
D'èstre pièi reviho que pèr li cascavèu
Di cabro, lou matin, e d'ana'mé li pastre
Se coucha, tout lou jour, a sentoi lou mentastre! »

Il serait amusant, et instructif, a établir un rapprochement entre les vers suivants :

« Oh ! n'èro qu'une enfant, e n'èro que mai bello »
« Presque une enfant, encor, mais déjà grande et belle »
« J'étais un faible enfant qu'elle était grande et belle »

Le premier est d'Aubanel, le second de Toulet, le troisième de Chénier. N'ont-ils pas un air de famille ? Et ce serait une erreur que borner la manière d'un Aubanel à ces gentillesses un peu mignardes ; il est fort capable d'évoquer le travail des champs avec une simplicité tout hellénique, à témoin ce « Faucheur » qui ne craint pas, le provençal pouvant, lui aussi, braver l'honnêteté, de nous confier que l'état de sa vêture laisse à désirer. '

Quelquefois même, on trouve, dans la forme sautillante d'un Ronsard, la mélancolie contenue d'un Du Belley :

« Dins lou rountau qu'esvalisson,
Restountisson
Li destrau di bouscatié ;
L'auro boufo la fumado,
La flamado
Di fournèu dou carbounié ».

En résumé, un poète touchant, humain, dont l'œuvre n'est pas une construction volontaire, mais un jaillissement certain, un poète dont la langue est plus facile que celle de Mistral, plus à la portée du lecteur moyen ; un poète indéniablement populaire, le plus populaire avec l'auteur de la « Mazurka souto li Pin » ; un poète dont les vers relèveraient du romantisme mineur si son romantisme n'était corrigé par un hellénisme foncier, et inconscient, et enfin — mais sans doute avons-nous laissé percer notre préférence pour cet aspect de son talent — l'auteur d'un ouvrage en tête duquel on pourrait inscrire en exergue :

« O Bèuta, coume fou que siegues pouderouso ! »
« O Beauté, comme il faut que tu sois puissanté ! »



Fernand MOUTET
(Vence, ce 8 Septembre 60)


Le gabian
Journau Prouvènçau



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mardi 10 novembre 2009

SULLY-ANDRÉ PEYRE : 2 poésies (1952) avec traduction en français

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Parus dans Marsyas en 1952, ses deux poèmes de SULLY-ANDRÉ PEYRE sont d'une dureté sans égale.
Je vous les livre comme je les ai reçus & perçus, en ces jours d'automnes. En souvenir d'un homme qui sut tenir haut une certaine forme de culture sans compromission & sans soumission. Il fit ce qu'il crut bon !


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LI REMOULIN DOU FLUME...


Li remoulin dòu flume au rode dis abime
Podon plus esfraia la barco e lou barquié ;
Paise coume Caroun davans li mort trop quiet,
Sourris entre la nèblo e li dougo, encaro ime.

Mai òublido subran la barcado di mort
E se, mèmbro di viéu qu'au resta sus lou ferme,
Encaro pèr camin, encaro liuen dòu terme,
Dins l'amour que li tèn e lou tèms que li mord ;

Alor vòu. arresta sa barco qu'es trop prounto,
En ribo dòu pais ounte trèvon li viéu,
Mai adeja li mort lou volon faire siéu,
E pòu plus reveni vers lou despèr que mounto,

Mai, luerdre, s'atoumplis emé li mort pesant,
Mentre que li vivènt veson plus, sus lou fiume,
Qu'un lènt escoulamen de sourniero e de lume,
Vers la mai liuencho fin de la peno e dis an.


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AQUEL AUCÈU

Aquel aucèu que, i'a. quatre an,
Ero siau sus uno sebisso,
Ti regard lou retroubaran
Dins l'eternita mouvedisso.

A la fin, l'espàci, li jour,
Saran qu'uno vaste memòri,
Mounte voiras courre l'eissour
De toun malur e de ta glòri.


SULI-ANDRIÉU PEYRE


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Traductions :

LES TOURBILLONS DU FLEUVE...

Les tourbillons du fleuve au-dessus des abîmes
n'ont plus d'effroi pour la barque et le batelier ;
en paix comme Charon devant les morts trop calmes,
il sourit, entre la brume qui l'imprègne et les berges.

Mais il oublie soudain cette charge de morts,
il se souvient des vivants restés sur le sol ferme,
qui vont par les chemins, encore loin du terme,
dans l'amour qui les tient et, le temps qui les mord.

Il veut alors arrêter sa barque trop rapide,
vers la rive que peuplent les vivants,
mais, à cause des morts qui déjà le possèdent,
il ne peut revenir vers le désespoir qui monte ;

II ne peut que sombrer avec les morts trop lourds,
tandis que les vivants ne voient plus, sur le fleuve,
qu'un lent écoulement d'ombre et de lumière
vers la plus lointaine fin de la peine et des ans.

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CET OISEAU...

Cet oiseau, il y a quatre ans,
était calme sur une haie ;
tes regards le retrouveront
dans la mouvante éternité.

A la fin, l'espace, les jours,
seront une vaste mémoire,
où tu verras courir les eaux
de ton malheur et de ta gloire.


SULLY-ANDRÉ PEYRE

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dimanche 8 novembre 2009

PAUL VALÉRY : Regards sur le Monde actuel (Extrait-1937)

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Court sujet paru dans Marsyas Septembre-Octobre 1952. Thème au combien actuel, voire visionnaire, mais les poètes ne seraient-ils pas visionnaires ? Il faudrait peut être leur laisser les commandes de l'économie, plutôt qu'au soit disant bon sens des avides traders ?


Jean-Pierre FORMICA
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LA PEAU DE MARSYAS


...Car la peau du Satyre est le jouet du vent.
HEREDIA

Voilà donc que l'homme mobile s'oppose à l'homme enraciné. Nous assistons à une lutte désespérée entre l'antique structure et le pouvoir croissant de déplacement. Tandis que le nomade, le nomade du nouveau type, chevauchant cinq ou six cents chevaux, survole les divisions territoriales, ignore douanes et frontières, les nations élèvent entre elles des barrières de plus en plus hautes qu'elles porteraient volontiers jusqu'au zénith ; et elles s'efforcent, d'autre part, de se passer de plus en plus les unes des autres, ce qui les conduit à des actes curieusement contradictoires ; car, cependant qu'elles tendent à se constituer chacune en système autonome, en économie fermée, en autarcie, (comme on dit aujourd'hui), elles font de leur mieux pour produire bien plus qu'elles ne peuvent consommer, avec l'idée naïve d'écouler à l'extérieur leur surabondance, tout en recevant le moins possible de la surabondance des autres.

(1937)

Regards sur le Monde actuel PAUL VALÉRY

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samedi 7 novembre 2009

François Simon nous présente - TRILUSSA : 4 FAVOLE in Romanesco

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Trilussa

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TRILUSSA : 4 FAVOLE

Cette mise en ligne est très originale. Ce poète romain, tel que nous le décrira François, fait rimer tous les accents de la ville éternelle. L'autre cité des Papes avec & comme Avignon est un lieu de culture "locale" forte.
L'accent & le mode de parler des romains est à mon oreille le moins gracieux des parlés italiens ? Mais l'oeuvre demeure & surtout l'âme d'une ville "éternelle"... ces fables auraient pu être celles d'une autre Rome : Nimes et ses spécialistes fameux dont Bigot...


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Au centreER SORCIO DE CITTA’ E ER SORCIO DE CAMPAGNA

Un Sorcio ricco de la capitale
Invito’ a pranzo un Sorcio de campagna.
-Vedrai che bel locale,
vedrai come se magna…
-je disse er Sorcio ricco. – Sentirai !
Antro che le caciotte de montagna !
Pasticci dorci, gnocchi,
Timballi fatti apposta,
Un pranzo co’ li fiocchi ! una cuccagna !-
L’istessa sera, er Sorcio de campagna,
Ner traversà le sale
Intravidde una trappola anniscosta :
-Collega, -disse- cominciamo male :
nun ce sarà pericolo che poi… ?
-Macché, nun c’è paura :
-j’arrispose l’amico- qui da noi
ce l’hanno messe pe’ cojonatura.
In campagna, capisco, nun se scappa,
Ché se piji un pochetto de farina
Ciai la tajola pronta che t’acchiappa ;
Ma qui, si rubbi, nun avrai rimproveri :
Le trappole so’ fatte pe’ li micchi :
Ce vanno drento li sorcetti poveri,
Mica ce vanno li sorcetti ricchi !


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ER GATTO SCOMPAGNO

Un Gatto, che faceva er socialista,
Solo a lo scopo d’arivà in un posto,
Se stava lavoranno un pollo arrosto
Ne la cucina d’un capitalista.

Quando da un finestrino su per aria
S’affaccio’ un antro Gatto : - Amico moi,
Pensa – je disse- che ce so’ pur’io
Ch’appartengo a la classe proletaria !

Io che conosco bene l’idee tue
So’certo che quer pollo che te magni,
Se vengo giù, sarà diviso in due :
Mezzo a te, mezzo a me…Semo compagni !

-No, no –rispose er Gatto senza core-
io nun divido gnente co’ nessuno :
fo er socialista quanno sto a digiuno,
ma quanno magno so’ conservatore !



Picasso :
Arlecchino

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LA LIBBERTA’ DE PENSIERO

Un Gatto bianco, ch’era presidente
Der circolo del Libbero Pensiero,
Senti’ che un Gatto nero,
Libbero pensatore come lui,
Je faceva la critica
Riguardo alla politica
Ch’era contraria a li principî sui.
-Giacché nun badi a li fattacci tui,
-je disse er Gatto bianco inviperito-
rassegnerai le propie dimissione
e uscirai da le file der partito :
ché qui la pôi pensà libberamente
come te pare a te, ma a condizzione
che t’associ a l’idee der presidente
e a le proposte de la commissione !
-E’ vero, ho torto, ho aggito malamente…-
rispose er Gatto nero .
E pe’ restà nel Libbero Pensiero
Da quela vorta nun penso’ più gnente.

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L’OMO FINTO

Dice che un giorno un Passero innocente
Giranno intorno a un vecchio Spauracchio
Lo prese per un Omo veramente ;
E disse :- Finarmente
Potro’ conosce a fonno
Er padrone der monno !-
Je becco’ la capoccia, ma s’accorse
Ch’era piena de stracci e de giornali.
-Questi –penso’- saranno l’ideali,
le convinzioni, forse :
o li ricordi de le cose vecchie
che se ficca nell’occhi e ne l’orecchie.
Vedemo un po’ che diavolo cià in core…-
Uh ! quanta paja ! Apposta pija foco
Per cosi’ poco, quanno fa l’amore !
E indove sta la fede ?
E indove sta l’onore ?
E questo è un omo ? Nun ce posso crede…
-Certe vorrte, pero’, lo rappresento,
-disse lo Spauracchio – e nun permetto
che un ucello me manchi de rispetto
côr criticamme quello che cio’ drento.
Devi considerà che se domani
Ognuno se mettesse a fa’ un’inchiesta
Su quello che cià in core e che cià in testa
Resteno più pupazzi che cristiani.

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Carlo Alberto SALUSTRI, dit TRIKUSSA, nacquit à Rome en 1871, l’année où la Ville Eternelle devint la résidence officielle de Victor Emmanuel II, et il y mourut en 1950.
Orphelin de père à l’âge de 3 ans, son enfance fut marquée par l’extrême pauvreté et des études cahotiques. Pourtant dès 1887 il publia des poésies en dialecte « romanesco » dans la revue contestataire « Il Rugantino » de Luigi Zanazzo, fondé en 1848. Profitant de l’ouverture libérale de Pie IX qui accordait une certaine liberté de presse, de très nombreuses feuilles se glissèrent dans le sillage du « Rugantino ». Elles donnaient au peuple un moyen d’expression qui remplaçait les « pasquinades » manuscrites qu’on collait au dos des statues de la ville. Et le dialecte « romanesco » permettait de faire passer bien des idées peu conformistes. Ce qui fit réagir l’Eglise qui eut tôt fait d’interdire ces brûlots politiques. Il faudra attendre que s’ouvre la brèche de Porta Pia pour retrouver l’éphémère liberté d’antan, et fleurirent alors de nombreux titres, en dialecte populaire, et parfois politiquement antagonistes.



Le « Rugantino » renacquit de ses cendres en 1887, et on y retrouva l’inspiration poétique et libertaire des poètes populaires romains, avec laquelle les poésies de Trilussa étaient en parfaite harmonie.. Les pages du « Rugantino » ont accueilli, jusqu’à nos jours, des plumes de notoriété nationale, voire internationale ( Federico Fellini, Claudio Villa, Tommaso Smith et bien d’autres).
Quant à Trilussa, une place de Rome porte son nom, tout près du Trastevere, et un monument le représentant porte aussi un bref poème qui le rappelle aux amoureux de la résistance à la pensée unique. Nommé sénateur à vie 20 jours avant son décès, il disait ironiquement : « Ils m’ont nommé sénateur à mort ».

Esope pourrait être un lointain parent de Trilussa : son inspiration satirique, tempérée par l’indulgence de son regard sur les défauts de ses concitoyens, met le plus souvent en scène des animaux qui parlent un dialecte hilarant. D’ailleurs ses fables sont plus à dire qu’à lire. Et il ne se pose pas en moraliste sourcilleux, il est simple observateur au sourire gentiment ironique des travers de l’humanité. Son style est d’une rare sobriété, efficace et exempt toutefois d’une facilité d’expression, car rigoureux quant à la composition métrique et à la rime. Un siècle après Belli, Trilussa élève le
dialecte « romanesco » au rang de langue littéraire, comme Pascarella, Nino Angelucci, Nino Ilari et bien d’autres contemporains.
Ses « Favole « , « Giov e le Bestie », « Omini e bestie », « La gente », « I sonetti », « La porchetta bianca » , « Cento apologhi »,
ne sont que quelques titres parmi la considérable production de Trilussa. Découvrez-le dans le texte, devant un verre de Frascati et une assiette de bruschetta, dans une gargote du Trastevere, où la « parolaccia » est le mode d’expression le plus usuel et le moins agressif.

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