On a tous en mémoire la tragi-comédie d’ une équipe de France de football dont le capitaine dénonce publiquement, non les erreurs ou les horreurs commises, mais le fait que la presse en ait fait état : « Il y a un traître parmi nous, et il faut savoir qui : c’est ça le problème », disait-il en substance.
Je soumets aux lecteurs de MARSYAS le même problème : j’ai sous les yeux des extraits d’un article de presse qui, parlant du Félibrige, se montre d’un anti-occitanisme épouvantable ; il menace même le Félibrige de SCISSION (cf. plus bas). Or certains passages prouvent à l’évidence que l’auteur ne peut être qu’introduit dans le saint des saints du Félibrige, à savoir le Consistoire : il s’agirait donc d’un MAJORAL qui aurait rendu publiques des affaires et dissentions internes à l’organisation.
Qui est le traître ? Je vous demande de m’aider à le démasquer. Voici les extraits de l’article, accompagnés entre parenthèses de mes propres commentaires, en français :
« Quand proutesterian, soulet (ce mot est mis en relief dans le texte original) contro l’eleicioun d’un Oucitan à la cigalo de /.../, semblavo que li Prouvençau, incounsciènt dóu dangié, pensavon autramen que nautre. »
(La langue provençale est ici peu claire : l’auteur parle-t-il en son propre nom (SOULET), ou au nom d’un groupe (PROUTESTERIAN, NAUTRE) ? Autre problème : l’auteur est-il Provençal lui-même ? Il écrit en mistralien, mais il semble s’opposer aux « Prouvençau » inconscients. Une seule chose est sûre : il considère qu’élire un Occitan représente un DANGER, cf. la suite)
« Or, aquelo eleicioun coustituissié uno atencho à la situacioun dóu Mistralisme en Prouvènço. Èro uno brèco dins la cadeno adeja proun magagnado dóu Felibrige prouvençau. Aquéli que n’èron esta lis oubrié sabien ço que fasien. Lis avian avisa, avans lou vote, de l’errour qu’anavon coumetre en favourisant l’eleicioun d’un Oucitan /.../ Vouguèron rèn entendre. »
(Les accusations se précisent : l’auteur avait tiré la sonnette d’alarme, mais « les Provençaux » du Consistoire n’ont rien voulu entendre. Donc, si l’on suit le raisonnement, ils sont responsables, bien sûr, de l’élection d’un Occitan, mais avec cette élection c’est LE MISTRALISME EN PROVENCE qui est atteint, alors qu’il est déjà mal en point, selon l’auteur. Les Majoraux provençaux sont donc ici accusés d’aveuglement ou pire encore, de collusion consciente et réitérée avec les ENNEMIS DU MISTRALISME. L’accusation, on le voit, est très grave : s’il s’avérait que le Majoral Venture soit l’auteur de cette accusation (ce que je ne crois pas), nul doute que des voix haut placées s’élèveraient au sein du Félibrige pour réclamer son exclusion. Surtout que la diatribe n’est pas terminée :)
« Adounc, la cigalo anè à /.../ qu’ ansin pousquè auboura lou pavaioun dóu Counsistòri sus soun annèisso marsiheso de l’IEO de Toulouso »
(Au détour de cette phrase, on voit que l’auteur considère l’entreprise occitane comme une INVASION : Marseille devient une « annexe » de Toulouse, une place forte conquise par l’occitanisme. Et le Consistoire est clairement et directement accusé de COMPLICITÉ : c’est bien son « pavillon » qui va flotter sur ce territoire annexé par l’ennemi. On retrouve l’accusation, très grave, d’ intelligence avec l’ennemi : le Consistoire a trahi la Provence au profit d’une entreprise étrangère hostile : l’Occitanie, sa capitale Toulouse et son armée de croisés IEO)
« I’aguè, urousamen, en Prouvènço, de majourau que, pamens, sentiguèron lou dangié /.../ Falié empacha que la brèco s’agrandigue e que cènt an de Felibrige prouvençau se vegue arrouina pèr l’intrado massivo au Counsistòri d’uno majourita oucitano. »
(Si le Majoral Venture était l’auteur de ces lignes, cela ressemblerait furieusement à un plaidoyer pro domo !...
Le mot DANGER est écrit pour la seconde fois : les majoraux de Provence ne sont donc pas tous vendus à l’ennemi occitan. Mais le danger est clairement défini : LE FELIBRIGE PROVENCAL est MENACE DE MORT par les manoeuvres occitanes, et avec lui un siècle de Mistralisme en Provence. On remarquera bien sûr que ce sont les arguments du Collectif Prouvènço, que le Félibrige officiel juge si « extrémiste » : le traître soutient exactement les mêmes thèses, et son anti-occitanisme me semble même encore plus radical dans ses formulations, avec son vocabulaire guerrier et son appel pressant à « la patrie en danger »)

Il y a donc réaction vive contre les manoeuvres occitanes, et contre-réaction de la part des félibres occitanistes, si l’on en croit ce passage :
« L’ Escolo parisenco « coumpren pas ‘quéli manifestacioun d’un « racisme » grafi »
(S’agit-il du « Viro-Soulèu », ridiculement rebaptisé « Vira-Solelh » par la bande occitaniste menée par le Majoral Fourié ? En tout cas le traître ne se laisse pas impressionner par cette accusation :
« Nòsti legèire sabon ço que fau pensa d’aquéu « racisme » grafi /.../ E quand nous espingoularien enca mai l’etiqueto de « racisto », noun poudrian pèr acò leissa l’eiritage mistralen à l’asard d’èstre descara pèr uno reformo grafico qu’es la negacioun de cènt an de Felibrige prouvençau »
(Le traître n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il affirme qu’il a déjà exposé ses opinions devant le public. Mais surtout, il livre en une phrase l’essentiel de son intervention : L’OCCITANISME GRAPHIQUE EST INCOMPATIBLE (« es la negacioun ») AVEC L’IDEE FELIBREENNE ET MISTRALIENNE. Selon lui, l’ « héritage mistralien » est mis en danger de mort par l’occitanisme graphique (remarquons qu’il n’envisage nullement les autres aspects de l’occitanisme, le politique en particulier : son combat est GRAPHIQUE)
C’est bien sûr un très rude coup porté au Félibrige officiel qui admet en son sein des majoraux occitanistes et fiers de l’être (à l’heure actuelle : Fourié, Passerat et bien d’autres) : selon le traître, ces majoraux oeuvrent directement CONTRE MISTRAL ET LE FELIBRIGE. Cette accusation est d’une grande force, et même d’une grande violence.)
« Vaqui tout. Se lou volon coumprendre, lou Felibrige miejournau pourra countunia soun camin. Se noun, se devèn nous pèu-tira ansin entre gènt d’eici e gènt d’eila, tant alor faudrié segui lou counsèu que baiavo / ...?.../ au Capoulié e ana chascun de soun coustat »
(La conclusion est terrible : soit le Félibrige « comprend » le danger mortel que représente l’occitanisme, même réduit à sa dimension graphique, soit LA SCISSION DEVIENDRA NECESSAIRE.)
Je ne crois pas avoir jamais lu un tel jugement dans les critiques portées par le Collectif Prouvènço sur le Félibrige : qui est donc ce traître infiltré dans l’organisation et qui en démolit si férocement la politique de compromission avec les Occitans ?
Je compte sur les lecteurs attentifs et assabenta pour nous donner ici lou mot de Santo Claro. Bien entendu, je garantis authentiques toutes les citations de cet article.